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Crise : dix ans après, où en est-on ?

Dossier réalisé par Laure Bergala

Introduction

2008-2018. Comment va la finance, dix ans après la « chute » de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 ? Une nouvelle crise systémique est-elle possible ? Si les banques sont aujourd’hui globalement plus solides et davantage régulées, des déséquilibres et des fragilités sources de risque persistent dans le système financier.

« Lehman ». C’est par ce seul mot qu’acteurs financiers et commentateurs ont longtemps désigné le 15 septembre 2008, date de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers qui a précipité une crise mondiale dont les prémisses ont pourtant débuté au moins un an plus tôt, notamment après la suspension par BNP Paribas Investment Partners de la valorisation de trois fonds ABS (Asset-Backed Securities) le 9 août 2007. Presque dix ans jour pour jour après l’anniversaire de « Lehman », où en sont les banques et la finance en termes de résilience ? Une nouvelle crise est-elle possible ? D’où pourrait-elle provenir ?

Les interprétations divergent sur les déclencheurs comme sur les causes profondes de la crise qui a débuté en 2007-2008, mais aussi sur la solidité ou les fragilités du système financier aujourd’hui. Sans doute faut-il distinguer les banques des autres acteurs de la finance pour analyser les évolutions depuis dix ans. Les banques ont changé, même si Laurent Quignon explique que la crise a conforté le modèle français de banque universelle malgré une baisse importante de leur rentabilité. Les banques françaises ont bien traversé la crise, confirme Marie-Anne Barbat-Layani, qui rappelle qu’elles ont doublé leurs fonds propres en dix ans. Enfin, les banques sont désormais un peu partout davantage régulées et supervisées, presque trop pour certains, pas encore assez pour d’autres…

Les réformes réglementaires post-crise ont de fait surtout concerné le secteur bancaire. Catherine Karyotis et Gaëlle Le Guirriec-Milner reviennent sur la refonte de la réglementation financière et estiment que beaucoup resterait à faire pour rendre le système financier dans son ensemble plus sécurisé, voire plus éthique. Car les banques à elles seules ne représentent pas toute la finance, loin s’en faut, et la crise de 2007-2008 est née aux États-Unis et pas en premier lieu dans les banques. Or les différents acteurs financiers étaient et restent interconnectés. Et le shadow banking, i.e. la finance non régulée, cité comme source de risque actuellement, a grossi en volume depuis 2007.

Nouveaux risques

Dans le paysage post-crise, à des risques anciens qui perdurent s'ajoutent de nouveaux risques  qui pèsent négativement sur le système financier. Certains remèdes pourraient se transformer en maux. Beaucoup s’accordent à penser que les politiques monétaires non conventionnelles qui ont sauvé le système ont participé à accroître l’endettement et sont aujourd’hui sources de danger potentiel, en cas de remontée des taux.

Ainsi, des auteurs aussi différents que Patrick Artus et Jean-Michel Naulot livrent des analyses macroéconomiques des fragilités actuelles qui convergent sur certains points : l’attention au rythme de sortie des politiques monétaires, le risque de liquidité et l’évolution des taux d’endettement.

Lors de la présentation, fin juin, du rapport sur l’évaluation des risques du système financier français, Sylvie Goulard, sous-gouverneur de la Banque de France, a déclaré : « Les institutions financières françaises sont résilientes mais une hausse des taux d’intérêt de long terme pourrait devenir une source de risque si elle est brutale. » Ce rapport semestriel, qui s’achève sur les risques liés au shadow banking, identifie deux risques de niveau élevé, avec une perspective en hausse pour les six prochains mois : l’endettement du secteur privé en France, l’accumulation de liquidité et la forte croissance des opérations à effet de levier (LBO) ; et le risque de marché, avec le risque de correction abrupte des prises de risque.

Enfin, dans une perspective historique, Hubert Bonin rappelle dans son article qu’aucune crise ne doit être considérée comme la dernière.

Dossier réalisé par Laure Bergala

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