+
-

Le Village by CA: attention, innovation à tous les étages

Installé à Paris, rue La Boétie, en plein cœur du quartier des affaires, le village de l'innovation du Crédit Agricole, Village by CA, a fière allure. Ses habitants, mix de start-up et d'entreprises, y expérimentent un mode d'organisation inédit et innovant, inspiré des principes de l'open innovation.

Le 13/10/2014
Fabrice Marsella

Quelle a été la genèse du projet ?

Avec ce projet, nous poursuivons trois ambitions, qui sont constitutives de l’ADN du Crédit Agricole : accompagner des projets innovants, découvrir de nouveaux talents et mettre à disposition des régions tout un réseau, au service du développement économique.

Lorsque ce lieu, qui a abrité entre autres le siège de l’UMP, a été libéré il y a trois ans, l’opportunité de donner corps à cette vocation dans un endroit dédié au business et à l'innovation s’est réalisée.

L'emplacement est idéal : nous sommes en plein cœur du quartier des affaires de Paris, à côté des deux tiers des entreprises du CAC 40. Le siège de la Fédération nationale du Crédit Agricole se situe de l'autre côté de la rue et cela compte : chaque mois, l'ensemble des directeurs généraux et des présidents de caisses régionales s’y retrouvent. Naturellement, ils viendront visiter le Village et réseauter avec des start-up.

Comment est organisé cet endroit ?

L’organisation elle-même est innovante. L'immeuble comprend huit étages. Je suis le maire de ce Village et donc des villageois. Comme vous avez pu le remarquer, il n'y a pas d'accueil : nous sommes dans un lieu d'open innovation, nous avons voulu matérialiser cette ouverture dès l’entrée.

Nous assurons la sécurité nécessaire avec un badge informatisé en toute autonomie. Les visiteurs disposent d’une borne automatique pour se repérer et signaler leur arrivée, et un membre de l’équipe est toujours disponible pour donner des renseignements.

Le Village peut accueillir 250 personnes en tout. Comme le cloud, il peut être repensé a tout moment, les éléments étant mobiles.

De plus, tous les événements peuvent être retransmis en live : des caméras HD ont été positionnées partout. La place du Village est également connectée à la salle de conférences ainsi qu'aux salons VIP du dernier étage.

Qui sont les habitants du Village ?

Les start-up sont hébergées dans une pépinière d'entreprises, appelée « Pépinière La Boétie ». Notre objectif est d'en accueillir une centaine, en fonction de l’espace dont elles souhaitent disposer. Nous avons reçu à ce jour 500 dossiers de candidature ; 200 d'entre eux ont été étudiés par un comité de sélection, composé de directeurs de l'innovation, dirigeants d’entreprises, et de partenaires du Village. Cette diversité d'horizons est importante : cette pépinière est généraliste et nous voulons confronter toutes les expertises utiles à une bonne appréciation des projets. Nous cherchons notamment à accueillir des entreprises représentatives des domaines d'excellence du Crédit Agricole : le logement, la santé, le vieillissement, l'énergie et l'environnement, l'agro-alimentaire. Si toutes ces start-up utilisent le digital pour innover dans le monde physique, nous n’accueillons pas que des créateurs de technologies. Nous nous posons également la question de savoir si le Village va pouvoir leur apporter quelque chose. 54 entreprises, représentant environ 150 personnes, nous ont déjà rejoints depuis le mois de juin.

Comment décririez-vous l’atmosphère qui règne ici ?

C'est un lieu qui vit. Les start-up se le sont approprié, l'écosystème est en cours de formation. Cette place du Village incarne à merveille l'esprit du lieu : c'est l’endroit où se produisent les événements, où les start-up organisent des apéritifs, déjeunent.  Les habitants s’y côtoient, les gens y font connaissance, l’émulation collective y prend source. Grâce à Microsoft, l’un des partenaires du Village, des sessions du jeu Just Dance sont parfois improvisées. Je découvre un monde où il y a beaucoup d'entraide, de vie commune.

À la différence d’une pépinière traditionnelle, le Village accueille aussi des sociétés un peu plus matures, qui sont hébergées à un prix de marché. Elles acceptent de jouer le jeu du Village, en privilégiant tout d'abord les appels d'offres au sein de l'écosystème. Elles mettent également à disposition du Village leurs produits ou services innovants. Par exemple, l'une d'elles, SAOOTI, met à disposition sa webradio, sur laquelle les start-up peuvent se présenter. Grâce à Ignition Factory, nous pourrons, à l’aide d’un studio installé sur place, diffuser des interviews filmées.

De quels moyens disposez-vous ?

Le Village est lui-même une start-up qui dispose de peu de moyens. Notre objectif est de parvenir à l’équilibre dans trois ans. L’apport des différents partenaires et les échanges de biens et de services entre les start-up ont donc beaucoup de sens pour nous. Nous cherchons à grandir ensemble et à faire évoluer nos offres pour mieux accompagner les start-up.

Quand le chronomètre a-t-il démarré ?

Il a fallu plus d’un an pour réaliser le projet. Les portes se sont ouvertes le 2 juin et l’inauguration officielle a eu lieu le 15 octobre.

Que proposez-vous aux habitants du Village ?

Nous avons plusieurs types d'offres : des bureaux traditionnels, ouverts ou fermés, ainsi que des bureaux situationnels, avec des espaces différents dans lesquels vous évoluez en fonction de vos besoins.

Outre les entreprises un peu plus matures, nous hébergeons des accompagnants experts : avocats, experts-comptables spécialistes des aides publiques… L'idée est d'avoir un premier niveau de conseil à destination des start-up du Village. D'autres acteurs importants sont les partenaires du Village, qui se sont engagés pour trois ans. Ils sont de trois types :

  • ceux qui ont participé à nos côtés à la restructuration de cet immeuble, comme Philips pour l'éclairage ;
  • des partenaires technologiques comme Nec, qui fournit tous les écrans, ou Microsoft et sa solution Azur. Ce lieu leur sert de showroom, pour démontrer leur savoir-faire ;
  • d’autres partenaires, comme GDF Suez, rejoignent le Village dans le cadre d’une démarche intrapreneuriale très développée. Ils accompagnent leurs salariés pour que leurs idées se transforment en projet puis en start-up, qui peuvent être hébergées au Village.

Tous les partenaires du Village peuvent également faire du parrainage d'intérêt avec les start-up. Nous sommes en train de nous organiser sur ce point.

Prenez-vous également des participations dans les start-up ?

Ce n'est pas le modèle que nous avons retenu. Les start-up payent un prix subventionné, ce qui crée un décalage : je loue cet endroit au groupe au prix du marché. Je n'aurais pas le droit de faire autrement. J'ai un déficit important à combler avec l'aide de partenaires, raison pour laquelle trois personnes travaillent à cela dans mon équipe : internes, caisses régionales et international, et filiales des caisses.

Comment gérez-vous la vie du Village ?

Volonté de proximité oblige, les neuf membres de l’équipe du Village ne disposent pas de bureau attitré ; nous vivons au plus près de nos clients que sont les start-up. Nous nous installons à leurs côtés dans des bureaux situationnels ou sur la place du Village elle-même. Tout est conçu ici pour pouvoir travailler confortablement, quel que soit l'endroit.

Quelle est votre ambition à moyen terme ?

Notre projet consiste à déployer le modèle dans les régions et à l'international. Le Village est la première maille d’un réseau qui sera déployé, notamment grâce aux caisses régionales de Crédit Agricole qui l’adapteront à leur contexte local.

D'ailleurs le nom que nous avons retenu ne doit rien au hasard : Village by CA peut devenir Village by CA Sud Rhône-Alpes, ou Aquitaine… Un des membres de l’équipe se consacre à ce développement en France, une autre personne travaille sur le développement du Village à l'international. Grâce aux nombreux partenaires de dimension internationale du Village, nous allons pouvoir disposer d’antennes et faire appel à des expertises sur place. C’est un atout considérable pour les start-up. Si je devais émettre un souhait, ce serait de permettre à chaque start-up de pouvoir avec son badge accueillir ses clients dans n'importe lequel de nos villages, en France ou ailleurs.

Y a-t-il une durée limite pour bénéficier de cet environnement ?

Oui, 23 mois très exactement. Cela permet d’une part à la start-up de faire la démonstration du succès de son modèle, et d’autre part de démontrer la qualité de l’accompagnement que nous proposons. C’est le temps qu’il faut pour faire ses preuves, mais aussi le temps au terme duquel il faut faire place à de nouveaux créateurs d’entreprise : l’innovation est un mouvement permanent.

Des modèles vous ont-ils inspirés pour concevoir cet endroit ?

Le Crédit Agricole explore depuis longtemps les nouveaux territoires de l’open innovation. Il y a deux ans, nous avons lancé le CA Store, un store d’applications mobiles conçues par des développeurs grâce à la mise à disposition de services Web sécurisés. Des applications que nous n’aurions jamais imaginées sont nées de cette expérience. Le Village est lui aussi un concept original, sans équivalent pour le moment. Il associe une pépinière généraliste et des partenaires dans une optique d’accompagnement de moyen terme. Notre offre est à la fois différente et complémentaire des pépinières ou incubateurs spécialisés. Pour la gestion de la pépinière, nous nous appuyons sur l’expertise de René Silvestre, l’ancien patron de l’Étudiant, fondateur et animateur de La Pépinière 27. Il nous a accompagnés tout au long du projet et il gère avec ses équipes l'animation et la gestion administrative de la Pépinière La Boétie.

Votre TechnoLab est également dans ce quartier ?

Il est désormais intégré au Village, où il a été repensé pour devenir évolutif. Aujourd'hui, nous sommes dans un monde très ouvert, où règne l'open innovation. Pour faire en sorte que les gens viennent et s’approprient l'innovation, il fallait un tel endroit.

L'auteur

Séminaires

Sommaire du dossier

Sur le même sujet