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Économie

L'exception japonaise

Le 29/03/2011
Philippe d'Arvisenet

La dette publique japonaise approche les 200 points de PIB, 60 ​points de plus que la Grèce. À politique inchangée, le taux d’endettement pourrait dépasser 250 % à horizon de 10 ​ans. La note de la dette japonaise a été dégradée de AA à AA- par Standard and Poor’s en janvier. En février, Moody’s a souligné son inquiétude quant à la soutenabilité à terme de la dette nipponne. Pour autant, les taux à 10 ​ans restent inscrits à un niveau très bas (environ 1,25 %) et apparaissent insensibles tant aux messages des agences de rating qu’aux développements de la crise de la dette souveraine des pays périphériques de la zone euro.

À l’inverse de ces derniers, le Japon peut financer son déficit budgétaire sans devoir recourir aux investisseurs non-résidents. Le secteur privé dégage une capacité de financement dont le montant dépasse celui du déficit, comme en témoigne le maintien d’un excédent courant substantiel. Le système bancaire et les investisseurs institutionnels, caractérisés par un faible appétit pour le risque, achètent des titres publics, ce qui empêche la hausse des taux longs. Autrement dit, il n’y a aucun risque d’effet d’éviction au Japon.

N’y a-t-il pour autant aucun risque ? Rien n’est moins sûr à horizon de quelques années. Stabiliser le taux d’endettement public supposerait que le Japon dégage un solde primaire (c’est-à-dire hors charges d’intérêts) de l’ordre de 2 points de PIB, soit une croissance de 2 % l’an en tendance. Or, la population en âge de travailler se contracte à un rythme qui approche 1 % par an. Parvenir à une croissance tendancielle de 2 % supposerait des gains de productivité de 3 %. Les prévisions portent davantage sur une croissance de 0,9 % l’an. La seule solution envisageable est celle d’une hausse des prélèvements : le taux de TVA est actuellement de 5 %. Le porter à 18,5 % permettrait de dégager le solde primaire nécessaire pour stabiliser le ratio d’endettement, mais de façon seulement temporaire. L’augmentation des dépenses de pensions et de santé remettrait tôt ou tard la dette sur un sentier insoutenable. Sans réforme conduisant à la maîtrise des coûts du vieillissement, on ne peut exclure à terme le risque d’entrer dans un cercle vicieux : hausse des taux, accroissement de la charge de la dette, ​déficit accru, hausse des taux

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