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Change et taux

Des banques centrales seules face au vide politique…

Le 25/03/2016
Florence Pisani

En avril 2015, le gouvernement suisse est le premier à émettre des obligations à 10 ans à rendement négatif : ceux qui ont acheté ces titres recevront, à l’échéance, un peu moins d’argent qu’ils n’ont accepté d’en prêter au Trésor fédéral. La situation peut sembler singulière. La Suisse est pourtant loin d’être un cas isolé. Début février 2016, le Japon l’avait rejoint et plusieurs autres gouvernements européens sont aujourd’hui sur la même voie : l’Allemagne, les Pays-Bas, mais aussi la France ou la Suède empruntent déjà pour 5 ans à taux négatifs.

Les politiques des banques centrales ne sont bien sûr pas étrangères à cette situation : en baissant toujours plus leurs taux et en achetant en quantités toujours plus importantes des titres de dettes, elles tirent vers le bas l’ensemble de la courbe des taux. Elles aident ce faisant à alléger le coût de l’endettement de ceux qui, hier, ont emprunté beaucoup ; mais elles espèrent surtout inciter ceux qui le peuvent à s’endetter plus. En même temps, les taux négatifs pénalisent les banques qui accumulent des réserves excédentaires et les poussent à accorder plus de prêts.

Largement « expérimentales », ces politiques sont de plus en plus fréquemment critiquées. Elles n’ont toutefois, jusqu’à présent, pas déclenché l’apocalypse annoncée par certains : il n’y a pas eu de ruée bancaire, ni même de hausse de la demande de billets… et encore moins d’emballement inflationniste. Le problème est ailleurs : faute de parvenir à stimuler le crédit et la demande intérieure, les effets de ces politiques passent presque exclusivement par le canal du change. Or, dans une économie mondiale qui, prise dans son ensemble, est soumise à de fortes pressions déflationnistes, le jeu peut vite devenir non coopératif : il permet seulement aux pays dont les taux baissent le plus de transférer une partie de leurs problèmes à d’autres… guère mieux placés pour y faire face. En faire reproche aux banques centrales serait toutefois injuste : dans la zone euro en particulier, la BCE confrontée à l’inaction des gouvernements a au moins le mérite d’agir !

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