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Banques de la zone euro

Des stress-tests inéquitables ?

Le scénario 2018 mis au point par l’Autorité bancaire européenne (ABE) pour tester la capacité de résistance des banques se révèle sévère pour le Royaume-Uni, mais clément pour l’Italie.

Le 26/11/2018
Géraldine Dauvergne

Le 2 novembre, un communiqué de la BCE se félicitait de la capacité de résistance accrue des banques de la zone euro face aux chocs financiers, révélée par les derniers tests de résistance de l’Autorité bancaire européenne (ABE). Deux semaines plus tard, de nombreuses voix mettaient en doute leur fiabilité et leur équité. Andrea Enria, président de l’autorité organisatrice de ces tests, reconnaissait lui-même que ceux-ci se révélaient « lourds » et « peu satisfaisants ».

Les banques britanniques furent peu ménagées par cette édition 2018. « Ce n’est guère surprenant compte tenu de la sévérité du scénario de crise, dit « adverse », qui intègre les effets d’un Brexit chaotique », confirme Eric Dor, directeur des Etudes Economiques à IESEG School of Management. A l’inverse, l’épreuve s’est révélée plutôt clémente pour les banques italiennes. « Le scénario de crise prévoit pour le Royaume-Uni une chute de 2,8 % du PIB en 2018, mais de 0,6 % seulement pour l’Italie, récapitule Eric Dor. Pour l’Italie, les simulations ont prévu dans un scénario de crise des taux d’intérêt à 10 ans de 3,3 % en 2018. Or, aujourd’hui, ils sont déjà largement au-delà ! »

Le scénario 2018-2019 échafaudé par l’ABE se révèle donc extrêmement sévère pour le Royaume-Uni, en prévoyant les effets dévastateurs d’un Brexit sans accord. « Mais la pertinence initiale des scénarios qui ont été appliqués aux systèmes bancaires nationaux est vite devenue obsolète », analyse Eric Dor. Ces scénarios ont été établis en décembre 2017, pour des tests effectués à l’automne 2018. « Ni l’élection du nouveau gouvernement italien, qui ne veut plus respecter les engagements des précédents, qui défie l’Union européenne sur le pacte de stabilité, et qui utilise des perspectives de croissance trop optimistes, ni le risque réel de voir la dette italienne dégradée par les agences de notation n’ont été pris en compte. S’il fallait refaire un scénario de crise aujourd’hui, il intégrerait l’hypothèse d’un enchaînement dangereux pouvant conduire à un Italexit, et une récession très forte du pays. »

Par ailleurs, seules les banques disposant de 30 milliards d’actifs au bilan et répondant à quelques autres critères ont été soumises aux tests de résistance. « Or certaines banques de taille moyenne, comme Monte Paschi, sont hautement fragiles, et tireraient les résultats de l’Italie vers le bas si elles étaient incluses dans l’échantillon », juge Éric Dor. « Enfin, les marchés ne partagent pas l’optimisme des stress-tests à l’égard des banques italiennes. »

Géraldine Dauvergne

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