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Marchés & Relance : Le duo gagnantRevue Banque n° 850bis - Décembre 2020

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Edito

Marchés et relance : un duo gagnant

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La crise sanitaire et économique a nécessité la mise en œuvre de plans massifs de soutien, conjuguant des mesures et des montants inédits, d’abord pour gérer en urgence les effets du double choc d’offre et de demande induit par les confinements, puis pour organiser les conditions de la reprise. Le gouvernement français a ainsi mis 100 milliards d’euros sur la table, l’Union européenne a annoncé un plan de 750 milliards et un accord historique qui lui confère une capacité d’emprunts mutualisés, sans oublier le PEPP [1] de la Banque Centrale Européenne, à hauteur de 1 350 milliards d’euros. Les Pouvoirs publics ont en outre clairement annoncé qu’il ne s’agissait pas seulement de relancer l’économie, mais d’en organiser la refondation écologique et sociale.

Pour atteindre ces objectifs ambitieux, les marchés de capitaux seront un levier essentiel pour démultiplier les effets des plans de soutien et de relance. Pour l’heure, rassurés par ces premières mesures, ils affichent de bonnes performances, déconnectées des performances économiques en berne, au point qu’ils sembleraient pouvoir traverser la crise actuelle sans en être impactés.

La réalité est différente. Tous les acteurs des marchés, qu’il s’agisse des investisseurs – particuliers ou institutionnels –, des intermédiaires – sociétés de gestion d’actifs, entreprises d’investissement, banques – ou des émetteurs, devront contribuer à l’effort de reprise.

Du côté des particuliers, ceux-ci devront basculer d’une épargne de précaution, accrue pendant le pic de la crise, à une épargne d’investissement. Bercy compte notamment sur son dispositif « fonds relance et garantie » pour que les quelque 87 milliards d’euros d’épargne accumulés au cours du premier confinement viennent renforcer les fonds propres des entreprises. Mais au-delà du seul contexte de crise, pour organiser ce changement de comportement de façon durable, l’utilisation de certains véhicules existants comme le PEA ou l’épargne salariale, déjà assouplis par la loi PACTE, pourrait être encore optimisée. Des formes d’investissement, plus locales et proches des territoires, plus accessibles aux particuliers, pourraient aussi être proposées.

Les investisseurs institutionnels, quant à eux, auront une responsabilité particulière dans la réalisation des grands objectifs stratégiques pour refondre l’économie sur des bases plus durables. Il s’agit pour eux de se positionner sur un horizon de placement résolument à long terme, de favoriser la relocalisation des productions et secteurs sensibles, ainsi que la transition vers une économie plus respectueuse des enjeux environnementaux et sociaux.

Les entreprises, grandes ou petites, qui sortiront davantage endettées de la crise, devront accroître leurs fonds propres pour restaurer leur capacité d’investissement et assurer leur transition écologique. Le renforcement du capital investissement de proximité ou l’utilisation d’outils ad hoc, comme les actions de préférence, devraient convaincre les plus petites entreprises, tandis que les plus grandes pourraient utiliser un plus large éventail de titres hybrides pour répondre aux attentes de leurs actionnaires, mais aussi augmenter leurs émissions vertes ou d’impact investing.

Enfin, l’Union européenne, qui a montré dans cette dernière crise une capacité à intervenir collectivement, garde un rôle déterminant dans le développement de marchés financiers européens à même de soutenir plus efficacement l’économie. La création d’un safe asset serait un atout dans cette perspective, en termes de stabilité financière, de valorisation des différents actifs et pour le rôle international de l’euro. La possibilité ouverte à des emprunts européens mutualisés est un premier pas dans cette direction, mais beaucoup reste à faire pour que ce nouvel instrument puisse véritablement jouer un rôle d’actif de référence.

Surtout, la construction d’une UMC ambitieuse reste une étape essentielle pour canaliser ce mouvement, déployer la « big picture » qui permettra d’embarquer l’ensemble des parties prenantes, économiques ou politiques, et créer une dynamique forte autour des marchés de capitaux européens, de la volonté réaffirmée de l’Union européenne d’une autonomie stratégique et du financement des économies au service des populations.

 

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[1] Pandemic Emergency Purchase Programme, en français programme d’achats d’urgence pandémique.

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