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L'actualité des M&A bancaires

Épilogue d'une tragédie grecque

Crédit Agricole et Société Générale sont enfin sortis du guêpier grec et ils ont par même donné un coup d’accélérateur à une consolidation du secteur bancaire national qui se faisait attendre.

Le 27/11/2012
Georges Pujals

Après plusieurs mois d’atermoiements, la restructuration du secteur bancaire grec s’est enfin déclenchée. Depuis le début de la crise de la dette, une seule opération avait en effet vu le jour, à savoir la reprise en juillet dernier des actifs sains de la banque publique en difficulté ATEbank par Piraeus Bank. Or trois opérations d’envergure impliquant les principales banques du pays viennent d’être annoncées en moins d’un mois (voir Encadré 1).

Début octobre, la Banque Nationale de Grèce (BNG) et Eurobank, respectivement première et troisième banques du pays, ont initié un projet de fusion. Par le passé, BNG avait tenté à deux reprises de se rapprocher de sa compatriote Alpha Bank, mais sans succès. A ce stade, des actionnaires de la cible représentant 43,6 % de son capital se sont déjà engagés à présenter leurs titres à l’offre publique d’échange. En cas de succès de l’opération, le nouveau numéro un bancaire grec disposerait de 189 milliards d’euros d’actifs, de 110 milliards d’euros de prêts, de 88 milliards d’euros de dépôts et d’un réseau de 925 agences (voir Encadré 2).

A la mi-octobre, Alpha Bank a annoncé le rachat pour 1 euro symbolique de l’intégralité du capital de la filiale grecque du Crédit Agricole, Emporiki. BNG et Eurobank étaient également sur les rangs. En 2001, la deuxième banque de Grèce avait déjà cherché en vain à fusionner avec Eurobank. Quelques jours plus tard, Piraeus Bank jetait son dévolu sur la sixième banque grecque (Geniki) pour 1 million d’euros, suite à la conclusion d’un accord avec la Société Générale. La banque de la Défense devra néanmoins investir 444 millions d’euros, dont 281 millions d’euros pour recapitaliser son ancienne filiale. Les banques françaises entendent finaliser ces cessions d’ici à la fin de l’année.

Si la restructuration du système bancaire grec constitue l’objectif recherché par les autorités de tutelle nationales, les motivations des deux grandes banques françaises sont bien différentes. D’une part, il s’agit de mettre un terme à une aventure qui aura été très coûteuse. Présentée au départ comme un pays de l’Union européenne à fort potentiel, la Grèce s’est finalement révélée une immense source de déceptions et de pertes. Du côté de la Société Générale, l’aventure Geniki aura laissé une « ardoise » d’environ 1,4 milliard d’euros depuis 2004, dont un prix d’achat à l’époque proche de 100 millions d’euros.

Quant au Crédit Agricole, la cinquième banque du pays lui aura coûté un total de près de 9 milliards d’euros depuis 2006, en comptant le prix d’acquisition initial de 2,2 milliards d’euros, les pertes comptables et les différentes augmentations de capital. Une facture qui menaçait encore de s’aggraver dans les prochains mois. C’est pourquoi la sortie du puits sans fond grec est un véritable soulagement pour les dirigeants et les actionnaires de la banque verte.

D’autre part, elles s’inscrivent dans le cadre du double impératif stratégique actuel en matière de gestion bancaire : renforcement de la structure financière et recentrage. Enfin, les craintes de voir la Grèce sortir de l’euro, et ses conséquences potentielles, ont également contribué à accélérer ce processus de désengagement.

Au-delà du mouvement de consolidation en cours, ce qui importe le plus, c’est de réussir à doter la Grèce d’établissements bancaires domestiques robustes et résilients capables d’accompagner le redressement indispensable du pays.

Achevé de rédiger le 18 novembre 2012.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Economiste bancaire
      CEPN
    • Chargé de cours
      Université Paris Descartes

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