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L'actualité des M&A bancaires

Rapprochement dans la gestion de taux en France

Annoncé dans le cadre d’un renforcement du partenariat industriel entre BPCE et La Banque Postale, le rapprochement des pôles de gestion taux d’Ostrum AM et de La Banque Postale AM devrait bousculer le paysage de la gestion d’actifs.

Le 28/06/2019
Georges Pujals

Alors que les grandes banques d’investissement américaines cherchent à se diversifier pour trouver d’autres relais de croissance, l’actualité récente a surtout été marquée par le partenariat industriel élargi annoncé début juin entre le groupe bancaire mutualiste BPCE et La Banque Postale dans le cadre de la constitution d’un grand pôle public de bancassurance dont la naissance est prévue en 2020.

Ce partenariat se décline en différents volets dont en particulier la mise en œuvre d’un projet de rapprochement des activités de gestion de taux euros, principalement assurantielle, d’Ostrum Asset Management (ex-Natixis AM) et de La Banque Postale Asset Management (LBPAM).

Même si les modalités précises de cette opération ne sont pas encore complètement définies, le communiqué diffusé à cette occasion par les deux banques françaises évoque la mise en place d’une « plate-forme commune ». Mais qu’il s’agisse de la création d’une nouvelle société de gestion ou, plus vraisemblablement, de la reprise des encours obligataires de LBPAM par Ostrum, Natixis Investment Managers (maison mère d’Ostrum et filiale de BPCE) détiendra le contrôle de cette plate-forme à la « gouvernance équilibrée ». En revanche, LBPAM restera majoritairement contrôlée par La Banque Postale.

La nouvelle plate-forme créée avec l’apport de l’activité de La Banque Postale bénéficiera, d’une part, d’une base d’encours supérieure et pourra, d’autre part, conquérir une nouvelle clientèle en Europe et à l’international.

À fin 2018, LBPAM affichait 220 milliards d’euros d’encours à plus de 70 % en gestion obligataire. Quant à Ostrum AM, il gérait près de 266 milliards d’euros d’actifs à la fin du premier trimestre 2019, à 85.5 % en obligataire (v. Encadré 2). Cette union permettra l’émergence d’un acteur européen de premier plan avec plus de 400 milliards d’euros sous gestion à vocation 100 % ISR et au service de grands clients institutionnels, dont CNP Assurances serait l’un des plus importants.

Ce projet de rapprochement répond à un enjeu majeur pour l’Europe. La gestion assurantielle représente 6 000 milliards d’euros d’actifs, c’est le cœur de l’épargne des Européens. Or, ce marché est attaqué aujourd’hui par des gérants d’actifs américains, et probablement demain chinois, qui profitent de leur base domestique pour vendre leurs produits à des prix très bas. Il est donc indispensable de former des asset managers puissants qui seront en capacité de rivaliser avec leurs principaux concurrents venus des quatre coins du monde.

Mais au-delà de créer un acteur européen de premier plan, l’objectif est surtout de réaliser des économies d’échelle. La rentabilité de la gestion obligataire assurantielle est en effet très faible et, avec la baisse des taux, les marges ont encore eu tendance à se réduire. Cela exige donc une certaine taille critique. Sans capacité pour les acteurs à peser véritablement sur les prix, l’effet taille constitue la seule réponse pour amortir des coûts qui n’ont cessé d’augmenter ces dernières années avec une réglementation qui est de plus en plus contraignante, nécessitant des outils informatiques de plus en plus puissants.

Achevé de rédiger le 25 juin 2019.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Chargé de cours
      Université Paris-Descartes

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