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World Wealth Report

Où sont les grandes fortunes ?

Plus nombreux en 2010 qu’avant la crise de 2007, les particuliers fortunés se situent de plus en plus dans la zone Asie-Pacifique. Les banques privées doivent capter cette clientèle mais aussi revoir leur modèle en Occident.

Le 25/10/2011
Martina Weimert

Rédigé conjointement par Capgemini et Merrill Lynch Global Wealth Management, le World Wealth Report dresse chaque année un panorama des personnes fortunées dans le monde, les HNWI [1].

Sa 15e édition, parue en juin 2011, fait le constat que le nombre d’HNWI et leur patrimoine financier ont retrouvé en 2010 leurs niveaux d’avant la crise. Elle fait apparaître de nouveaux paradigmes, tant sur le plan régional qu’au niveau des attentes des clients, mettant en exergue la nécessité des banques privées à se transformer.

Nouveaux équilibres régionaux

En 2010, le nombre de millionnaires dans le monde dépasse pour la première fois depuis la crise le niveau record de 2007 pour atteindre 10,9 millions de personnes, enregistrant une progression de 7,8 % par rapport à 2007 et 8,4 % par rapport à 2009. Si ce constat est partagé dans toutes les régions du monde, les écarts sont toutefois notables : en Amérique du Nord et en Europe, l’augmentation atteint à peine 3 %, tandis que les régions Asie-Pacifique et Afrique comptent désormais près de 20 % de HNWI de plus qu’en 2007. Avec cette progression record, l’Asie-Pacifique dépasse pour la première fois l’Europe  : avec 30,5 % de la population totale des HNWI, elle se place en 2e position derrière l’Amérique du Nord (31,2 %) et devant l’Europe (28,8 %).

Le zoom par pays confirme ces tendances. Les progressions les plus remarquables sont celles des pays d’Asie : Hong Kong, le Vietnam, le Sri Lanka, l’Indonésie, Singapour et l’Inde figurent dans le top 10 des progressions par pays en nombre de HNWI, avec des augmentations allant de 20 à 33 %. Ces six pays figuraient déjà dans le top 10 en 2009, ce qui confirme la montée en puissance du nombre de leurs habitants fortunés. Ce phénomène s’explique par l’agressivité des investisseurs et la progression des marchés boursiers dans ces pays.

Au classement général par pays, le trio de tête (États-Unis, Japon et Allemagne) conserve sa position et concentre 53 % des grandes fortunes dans le monde, mais des changements ont eu lieu dans le reste du top 12, marquant l’affaiblissement de l’Europe occidentale : l’Australie prend la place de l’Italie au 9e rang, et l'Inde fait son apparition au 12e rang, remplaçant l'Espagne qui chute au 14e. La France conserve sa 6e place, avec une progression de 3,4 % de sa population de millionnaires, en dessous de la moyenne européenne de 6 %.

À l’échelle mondiale, le patrimoine financier des HNWI atteint 42 700 milliards de dollars en 2010, soit près de 5 % de plus que le pic de 2007. Cependant, si la progression par rapport à 2009 est forte dans toutes les régions du monde (de 7 à 14 %), seules l’Asie-Pacifique, l’Amérique Latine et l’Afrique ont dépassé leur niveau de richesse de 2007. En Europe et en Amérique du Nord, le patrimoine financier des millionnaires n’atteignait toujours pas en 2010 (ni même à la veille de la crise de cet été) le niveau de 2007. Ainsi, comme en 2009, le patrimoine financier des HNWI d’Asie-Pacifique pèse plus que celui des européens en 2010, et représente 25 % du patrimoine mondial (soit 10 820 milliards de dollars).

Les placements diffèrent d’une zone à l’autre

La bonne santé des HNWI s’explique notamment par le retour de la croissance en 2010, dans les pays émergents comme développés, avec une hausse globale moyenne du PIB de 3,9 %. Ce chiffre révèle cependant de fortes inégalités : c’est l’Asie-Pacifique qui est le moteur de la croissance mondiale, tirée par une solide demande en Chine, en Inde et à Singapour – pays qui atteignent  jusqu’à 15 % de croissance –, tandis que celle constatée en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest est plus modérée – respectivement 2,9 et 2 %.

Soutenue par les mesures de relance et une hausse de la consommation des ménages de 3,1 % en 2010, la capitalisation boursière mondiale a augmenté de 18 %, poursuivant la tendance haussière d’après-crise, malgré un ralentissement par rapport aux 46 % d'augmentation de 2009. Elle atteint fin 2010 près de 55 000 milliards de dollars, dépassant le niveau de 2006, sans toutefois retrouver le niveau de 2007 : 61 500 milliards de dollars. À la recherche de rendements depuis 2009, les HNWI ont progressivement réduit leurs placements monétaires et obligataires au profit des actions. Les marchés actions ont ainsi pu retrouver leur place de 2007 puisqu’ils pèsent 33 % des investissements financiers (contre 29 % en 2009) ; les placements monétaires sont quant à eux passés de 17 % en 2009 à 14 % en 2010 et les obligataires de 31 à 29 %. La part de l’immobilier a également reculé, de 17 % en 2009 à 14 % en 2010. Ces pourcentages tiennent compte de l’effet de marché.

Avec une moyenne de 42 % d’investissements en actions, ce sont les HNWI d’Amérique du Nord qui prennent le plus de risques. La part allouée aux actifs immobiliers est par ailleurs la plus faible du monde (13 %), reflétant la baisse des prix et l’incertitude qui pèse sur ce marché. Les HNWI d’Europe ont investi 33 % de leur portefeuille en actions (niveau de la moyenne mondiale) tout comme ceux d’Asie-Pacifique (hors Japon). En revanche, ces derniers ont investi 31 % de leur portefeuille dans l’immobilier, à la recherche du rendement élevé de l’immobilier résidentiel de ces régions, soutenu par la demande très forte des classes moyennes en forte croissance. Enfin, ce sont les investisseurs japonais qui sont les plus conservateurs, avec seulement 19 % d’investissements en actions et 55 % en placements monétaires et obligataires.

Parmi les investissements alternatifs [2], les HNWI ont opté pour les matières premières (22 % de ces investissements en 2010 contre 16 % en 2009), profitant de la forte augmentation des cours, tirés par la demande des pays en rapide développement, comme la Chine et l’Inde.

Les banques doivent se repositionner

Les répercussions de la crise ont fait apparaître de nombreux points de fragilité : la crise de la dette souveraine européenne et les menaces de faillite, la problématique du déficit budgétaire aux États-Unis, la crise de l’immobilier au Moyen-Orient, les révolutions arabes, auxquelles s’ajoutent les catastrophes naturelles et nucléaires au Japon, qui affaiblissent la reprise en 2011, conduisant progressivement et inexorablement au revirement des indicateurs économiques.

De même, la volatilité du marché s’est accentuée à mi-2010, reflet des inquiétudes de contagion de la crise de la dette souveraine européenne aux marchés financiers, pour atteindre 1,3 %, niveau équivalent à celui de la fin de la bulle Internet.

Les turbulences actuelles confirment ces fragilités et signent à l’évidence la fin de la reprise. Elles  démontrent aussi que les cycles économiques sont désormais plus courts, avec des crises qui reviennent plus vite et des périodes d’embellie qui culminent moins haut.

Préoccupés par ces incertitudes et fluctuations, les millionnaires ont évolué : alors qu’ils étaient focalisés, avant la crise, sur les rendements et les tarifs, ils sont désormais attachés à la préservation du capital – la part allouée aux placements garantis reste significative – et à la gestion efficace de leur portefeuille. Et comme la confiance envers leur conseiller, chahutée pendant la crise, n’a été que partiellement retrouvée, les clients attendent désormais de vraies améliorations : une relation à plus forte réactivité, une gestion efficace des risques, des conseils plus spécialisés et la transparence des échanges, des relevés de compte et de la facturation.

[1] High Net Worth Individuals : particuliers disposant d’un patrimoine financier de plus d’un million de dollars hors résidence principale et biens de consommation. Les données quantitatives les concernant sont fournies par Merrill Lynch et Bank of America qui répondent au nom de leurs clients. Pour les données qualitatives, d’autres institutions financières sont également interrogées.

[2] Produits structurés, hedge funds, devises étrangères, produits dérivés, matières premières, capital-investissement et capital-risque.

L'auteur

  • Martina Weimert
    • Vice-présidente en charge des missions Banque privée
      Capgemini Consulting

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