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L'actualité des M&A bancaires

La Société Générale reprend des couleurs

Après deux années particulièrement difficiles, la Société Générale a remis le pied à l’étrier. En effet, elle vient d’acquérir la SMC, ce qui témoigne d’une ambition renouvelée en banque de détail dans l’Hexagone.

Le 03/11/2010
Georges Pujals

Au-delà de la prise de contrôle de la banque postale allemande par sa compatriote Deustche Bank et de la nouvelle acquisition du boulimique Banco Santander en Pologne, c’est surtout le rachat de la Société Marseillaise de Crédit (SMC) par le Crédit du Nord [1], filiale à 100 % de la Société Générale, qui retient l'attention (voir l'encadré 1). Plus qu’une acquisition, c’est tout un symbole alors que le procès Kerviel battait son plein.

Fondée en 1865, au début de l'âge d'or de la grande métropole portuaire du sud, la Société Marseillaise de Crédit est l'une des plus vieilles banques françaises. Nationalisée en 1982 puis privatisée en 1998, celle qui est aussi appelée « La banque du sud » a connu une succession d'actionnaires : du CCF, repris par HSBC (2000), aux Banques Populaires (2008) devenues BPCE en 2009 suite à leur rapprochement avec les Caisses d’Épargne. Pour autant, la SMC a toujours réussi à conserver son autonomie et sa marque. Aujourd’hui, c'est la plus importante banque régionale de France avec 200 000 clients, 1 400 collaborateurs et un réseau de 144 agences allant de Perpignan à Monaco en passant par Valence (encadré 2). En 2009, elle a réalisé un PNB de 193,4 millions d'euros et un résultat net de 39 millions.

Le Crédit du Nord réalise ainsi un rêve vieux de douze ans et surtout parachève son maillage territorial désormais constitué de huit banques, dont sept régionales. Malgré un prix jugé élevé par certains analystes [2], cette opération présente un véritable sens stratégique. Tout d’abord, elle complète idéalement son dispositif dans une zone géographique très porteuse [3] où la banque nordiste ne disposait pas jusqu’alors d’une implantation suffisante faute d’une marque forte et reconnue. À l’issue de l’opération, leur part de marché combinée passera à 4 % dans le Grand Sud et même à 6 % dans le département des Bouches-du-Rhône. De plus, elle s'inscrit parfaitement dans sa stratégie qui consiste à s'appuyer sur un réseau de banques régionales de proximité. Enfin, elle lui permet d’accroître de 12,2 % son PNB et de 15,3 % sa base de dépôts.

Quant à la Société Générale, cette opération représente non seulement une nouvelle étape dans sa stratégie de développement multi-enseignes, mais elle lui permet aussi de conforter sa place de 3e réseau en banque de détail dans l’Hexagone. Même s’il reste modeste à l’échelle du groupe, le rachat de la SMC est le signe d’une santé financière restaurée et, plus important encore, d’un appétit retrouvé qui pourrait se traduire prochainement par d’autres acquisitions. Alors que 2009 a été présentée comme une année de transition, 2010 pourrait être celle du renouveau.

Panorama des principales opérations dans le monde

  • À la mi-septembre, Banco Santander a annoncé la signature d’un accord avec l'irlandais Allied Irish Banks en vue de l'acquisition de 70,36 % de Bank Zachodni WBK [4]. BNP Paribas ainsi que la première banque polonaise, PKO Bank Polski, étaient également sur les rangs. Basé à Wrocław, Bank Zachodni est le 3e acteur polonais, avec 512 agences et 2,5 millions de clients. La banque espagnole est présente en Pologne depuis 2004 à travers notamment sa filiale spécialisée Santander Consumer Finance. Cette acquisition vise un double objectif pour le n° 1 bancaire de la zone euro. Tout d’abord, lui permettre d’atteindre la taille critique sur l’un des marchés clés des pays d’Europe centrale et orientale (Peco). En effet, la Pologne représente non seulement 40 % de la population et du PIB de la région, mais elle possède aussi l’un des taux de bancarisation les plus faibles au monde (voir l'encadré 3). De plus, il s’agit d’accroître la diversification géographique de ses revenus en se développant sur les marchés bancaires très dynamiques d’Europe de l’Est.
  • Deutsche Bank va lancer une OPA pour devenir majoritaire au capital de Postbank, dont le groupe détient déjà 29,95 % acquis en septembre 2008. Cette prise de contrôle anticipée [5] de la 1re banque de particuliers allemande vise à améliorer son profil d'activité en réduisant son exposition et sa dépendance vis-à-vis des activités de marché, par nature très volatiles, au profit de ses revenus en banque de détail. D’autre part, elle va ainsi figurer parmi les leaders en banque de dépôts sur les marchés allemand et européen. À l’issue de l’opération, Deustche Bank deviendra en effet le n° 1 incontesté de la banque de détail outre-Rhin avec 24 millions de clients et un réseau de plus de 2000 agences sur l’ensemble du territoire. Cette acquisition marque une étape décisive dans la stratégie poursuivie depuis plusieurs années par son président, Josef Ackermann, en vue de bâtir une puissante banque d'investissement de rang mondial disposant également d’un solide ancrage en banque de détail.
  • Scotiabank va mettre la main sur les activités chiliennes de Royal Bank of Scotland (RBS), ce qui lui permettra de renforcer sa présence dans ce pays à fort potentiel. Arrivé au Chili en 1990, Scotiabank y a réalisé deux acquisitions majeures : Banco Sud Americano puis Banco del Desarollo. Aujourd'hui, la banque canadienne se classe au 7e rang des banques chiliennes avec un actif total de 10,4 milliards de dollars US et 155 succursales. Quelques jours plus tôt, elle avait déjà jeté son dévolu sur la banque de gros de Dresdner Bank au Brésil, un pays où elle ne disposait que d’un bureau de représentation ouvert il y a 40 ans. Depuis le début de l’année, Scotiabank a réalisé un total de quatre opérations de croissance externe en Amérique latine avec le rachat des activités colombiennes de RBS en mars et celui de la banque portoricaine RG Premier Bank en avril. La plus internationale des banques canadiennes est présente dans une trentaine de pays des Caraïbes et du continent latino-américain, une région du monde où elle compte 1 889 succursales et près de 5 millions de clients.

Achevé de rédiger le 17 octobre 2010.

[1] Le prix proposé valorise l’agence SMC à plus de 6 millions d’euros et la banque à 22,5 fois son résultat net ou encore 3,3 fois ses fonds propres.

[2] Le 14 juin dernier, le Crédit du Nord était entré en négociations exclusives avec le groupe BPCE.

[3] D’après l’Insee, la croissance de la population entre 2005 et 2030 sera de +32,2 % en Languedoc-Roussillon, +18,3 % en PACA et +16,8 % en Rhône-Alpes contre une moyenne de +10,7 % en métropole. Signalons par ailleurs que le profil de la population, avec une de proportion de retraités nettement plus élevée que dans la moyenne française, rend ces régions très attractives, les retraités étant généralement plus rentables que les autres catégories de clients. Toujours selon l’Insee, la croissance du PIB/habitant entre 2000 et 2008 a été de 32,4 % en PACA et 29,4 % en Languedoc-Roussillon, contre une moyenne de 28 % en France métropolitaine.

[4] L'accord prévoit aussi l'acquisition par Santander de la participation de 50 % de la banque irlandaise dans BZ AIB Asset Management pour 150 millions d'euros.

[5] Selon les termes de l’accord conclu en 2008 avec la Deutsche Post, la première banque privée allemande disposait d’une option pour racheter la totalité de son capital en 2012, à commencer par les 39,45 % encore détenus par son actionnaire principal au prix de 45 euros par action. Toutefois, l'exercice de cette option aurait obligé la Deutsche Bank à lancer une offre au même prix sur le capital flottant (30,6 %). Dès lors, le choix du rachat anticipé s’avère financièrement très intéressant puisqu’il lui permet d'économiser environ 1,7 milliard d'euros.

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