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L'actualité des M&A bancaires

Virgin à l'abordage

Symbole de la crise financière de 2007-2008, Northern Rock est tombée dans l’escarcelle du groupe de Richard Branson. Créé en 1995, Virgin Money vient de franchir une étape importante dans sa conquête de la banque britannique.

Le 03/01/2012
Georges Pujals

En février 2008, Northern Rock était nationalisée afin d’éviter une faillite retentissante. Près de quatre ans plus tard, la banque britannique est la première des banques sauvées par l’État au moment de la dernière crise financière à retourner au secteur privé. En effet, elle a été rachetée le 17 novembre dernier par Virgin Money, la filiale de services financiers de l’empire de Richard Branson, laquelle devrait débourser 747 millions de livres en partenariat avec l’investisseur américain Wilbur Ross (voir Encadré 1). Toutefois, le gouvernement britannique pourrait recevoir entre 250 et 280 millions de livres supplémentaires en cas de revente ou d’introduction en Bourse de la cible d’ici à cinq ans. Pour autant, cette cession va laisser une ardoise d’au moins 400 millions de livres à l’État, et donc au contribuable britannique. Ce rachat a un goût de revanche pour le patron du groupe Virgin puisqu'il avait manifesté dès la fin 2007 son intérêt pour Northern Rock auprès des autorités de tutelle. À l’époque, le chancelier de l’Échiquier, Alistair Darling, avait néanmoins préféré nationaliser l’établissement.

Depuis sa nationalisation, la banque de Newcastle a subi une sévère restructuration, avec près de 3 000 licenciements et une scission en deux entités distinctes. D’un côté, une banque de détail saine, qui fait l’objet de la présente transaction, de l’autre, une bad bank qui en est exclue. La partie saine représente 75 agences, 2 100 collaborateurs, 1 million de clients, 14 milliards de livres de crédits et 16 milliards de livres de dépôts. Quant à Virgin Money, elle est devenue une banque de dépôt à part entière suite au rachat de Church House Trust en 2010. Elle propose à ses 3 millions de clients des cartes de crédit, des produits d’assurance et d’épargne. Même si la marque Northern Rock va disparaître, Richard Branson s’est engagé à conserver les agences existantes, à transférer son siège à Newcastle et à ne pas supprimer de postes pendant au moins 3 ans. Cette acquisition permet non seulement à Virgin Money de se développer dans le crédit hypothécaire, mais plus encore d’entrer de plain-pied dans la cour des grands de la banque de détail au Royaume-Uni.

La vente de la banque Northern Rock marque le début du désengagement de l’État du secteur bancaire britannique. À présent, il lui reste à organiser sa sortie des établissements Royal Bank of Scotland (RBS) et de Lloyds Banking Group (LBG), dans lesquels il possède respectivement 83 % et 41 % du capital. Mais la tâche s’annonce d’ores et déjà plus compliquée. Outre le critère de la taille, les derniers cours de Bourse mettent en évidence une moins-value latente d’environ 40 milliards de livres sur ces deux mastodontes. En favorisant l’émergence de nouveaux acteurs tels que Virgin Money, le gouvernement britannique entend aussi montrer qu’il est déterminé à insuffler de la concurrence dans un marché de la banque de détail dominé par cinq grands établissements (HSBC, Barclays, LBG, RBS et Santander UK). À cet égard, la cession prochaine de 632 agences appartenant à Lloyds Banking Group aura un impact encore plus important car elle représente près de 5 % de l’ensemble des comptes courant du pays. NBNK et The Co-operative sont notamment sur les rangs.

 

Achevé de rédiger le 11 décembre 2011

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Economiste bancaire
      CEPN
    • Chargé de cours
      Université Paris Descartes

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