+
-

L'actualité des M&A bancaires

Restructuration des « cajas » : acte II

Alors que les nouvelles exigences nationales en matière de fonds propres vont obliger les caisses espagnoles les plus fragiles à se recapitaliser, de nouveaux rapprochements sont attendus.

Le 03/05/2011
Georges Pujals

Ébranlées par la crise, les caisses d’épargne espagnoles (cajas) sont engagées depuis plusieurs mois dans un vaste mouvement de concentration. En moins d’un an, leur nombre a été réduit de deux tiers : il est passé de 45 à 17 suite à douze fusions orchestrées par les autorités de tutelle. Seules cinq d’entre elles [1] sont restées à l’écart du processus. Leur taille moyenne est désormais de 80 milliards d'euros d'actifs, contre moins de 30 milliards début 2010. Les cajas ont donc connu une transformation historique au cours des derniers mois et ce n’est probablement pas fini.

Le 21 mars, Caja España de Inversiones a en effet signé un accord préliminaire en vue d’un rapprochement avec son homologue Unicaja (voir Encadré ​1). Avec un ratio de fonds propres d’environ 8 %, l'entité formée autour de Caja España et de Caja Duero était à la recherche de 463 millions d'euros de fonds propres supplémentaires pour satisfaire aux nouvelles règles de solvabilité fixées le 18 ​février dernier par le gouvernement de Madrid [2] (voir Encadré ​2).

En raison d’une taille insuffisante, Caja España de Inversiones pouvait difficilement envisager l’introduction en Bourse d’une nouvelle banque à laquelle elle aurait transféré ses activités financières. De même, elle aurait eu des difficultés à ouvrir son capital à des investisseurs privés (fonds d’investissement, fonds souverains…) à la recherche de rentabilité. Par conséquent, il ne lui restait plus qu’à vendre des actifs [3] ou à s’engager dans un processus de fusion pour éviter une nationalisation partielle et temporaire consécutive à une recapitalisation publique à travers le Fonds de restructuration bancaire (FROB). On notera au passage que le choix d’Unicaja est très cohérent puisqu’il s’agit de la caisse d'épargne aujourd’hui la mieux capitalisée d’Espagne (13,1 %).

Une véritable course contre la montre a donc commencé pour les cajas les plus fragiles qui ont jusqu'à fin septembre pour satisfaire aux nouvelles exigences réglementaires [4], sous peine d’être nationalisées. Dès lors, tout laisse à penser qu’une seconde vague de fusions devrait voir le jour. Après avoir été les grandes absentes de l’acte I, les principales banques commerciales espagnoles pourraient cette fois-ci y jouer un rôle de tout premier plan car elles voient d’un mauvais œil la formation de mastodontes bancaires au niveau domestique.

Par ailleurs, la modification en cours de leur statut permettra aux caisses d’épargne espagnoles de s’internationaliser. Une occasion pour elles de diversifier leurs sources de revenus et de réduire leur profil de risque… La Caixa a déjà annoncé qu’elle entendait mener une politique active d’expansion à l’étranger et la plupart de ses consœurs partagent la même ambition. Bien plus qu’une restructuration, c’est donc une véritable révolution que vivent les cajas depuis un an.

 

Achevé de rédiger le 14 avril 2011

[1] Ibercaja, Kutxa, Caja Vital, Caja Pollença et Caja Ontinyent.

[2] Le gouvernement espagnol a imposé un ratio de fonds propres minimum de 8 % pour les banques, et de 10 % pour les entités non cotées ou qui comptent moins de 20 % d'investisseurs privés dans leur capital (caisses d’épargne).

[3] Au 31 octobre 2010, les « cajas » détenaient un portefeuille de participations d’un montant de 47,2 milliards d'euros.

[4] Sur les 12 établissements bancaires espagnols qui doivent être recapitalisés, 8 sont des caisses d'épargne.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Économiste bancaire
      CEPN et OFCE

Pour en savoir plus

images
  • tableau 2 pujals

    tableau 2 pujals

  • graphique pujals

    graphique pujals

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet