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Économie bancaire

Poursuite du deleveraging bancaire dans la zone euro : préalable ou frein à la reprise ?

Après avoir renforcé leurs fonds propres de 700 milliards depuis 2008, les banques de la zone euro réduisent la taille de leur bilan. Nécessaire dans les pays où les taux d'endettement du secteur privé non financier et de créances douteuses sont élevés, la poursuite du deleveraging doit demeurer sélective pour ne pas hypothéquer la reprise économique.

Le 25/02/2014
Laurent Quignon

Près d'un tiers des banques européennes ont réduit leurs actifs pondérés au deuxième semestre 2013 [1], notamment dans la perspective de l'Asset Quality Review [2], un autre tiers prévoyant de le faire durant le premier semestre 2014. Le bilan du système bancaire a ainsi enregistré, en décembre, sa plus importante baisse mensuelle depuis 1999. Dans le même temps, l'accélération du recul des encours de crédit depuis le printemps 2013 (-4,2 % en glissement annuel en décembre 2013, contre -1 % en décembre 2012) a d'abord concerné les intermédiaires financiers non bancaires (fonds d'investissement), mais aussi, dans une moindre mesure, les ménages et sociétés non financières (-2,2 % en décembre 2013, contre -1,7 % en décembre 2012).

Des cycles synchronisés

Les évolutions des prêts bancaires aux ménages épousent le cycle économique tandis que celles des prêts aux entreprises le suivent avec un décalage d'environ un an. La causalité n'est toutefois pas univoque, plusieurs travaux empiriques dédiés aux creditless recoveries [3] montrant que ces dernières présentent le plus souvent des taux de croissance plus faibles.

Les faits stylisés illustrent la nécessité de solder les excès passés. L'Espagne a connu une baisse du taux d'endettement global des ménages et des sociétés non financières à partir d'un niveau extrêmement élevé (plus de 200 % du PIB en 2010), supérieur aux pics atteints dans les pays anglo-saxons ou au Japon. Au contraire, les taux d'endettement du secteur privé non financier, moyens en France et en Italie (de l'ordre de 120 %) et faibles en Allemagne (100 %), tendent plutôt à se stabiliser. Le recul de l'activité dans les pays d'Europe du Sud, qui pèse sur la qualité du crédit et la demande, pourrait accélérer le processus. Enfin, le désendettement inhérent au dégonflement d'une bulle antérieurement constituée (immobilier espagnol) demeure éminemment préférable au désendettement des entreprises, sauf si celui-ci s'explique par la capacité d'autofinancement de ces dernières (cas allemand).

Ne pas trop attendre de la désintermédiation

Comme cela s'est encore vérifié depuis la crise financière, la substitution des titres de dette au crédit bancaire demeure partielle dans la zone euro, de sorte que la baisse de l'encours de crédit aux entreprises se traduit par une baisse de l'endettement global. Au contraire, aux États-Unis, les émissions de titres de dettes par les entreprises relaient efficacement la baisse des flux (ou la contraction de l'encours) de crédit bancaire.

La situation actuelle est donc pernicieuse : les contraintes agissant sur l'offre potentielle de crédit ne sont guère perceptibles dans la zone euro, car occultées par la faiblesse de la demande. Les législateurs seraient inspirés d'en tenir compte.

 

[1] Cf. BCE, Bank Lending Survey, janvier 2014.

[2] Revue de la qualité des actifs menée par la BCE et fondée sur les données disponibles au 31 décembre 2013.

[3] Cf. notamment A. Abiad, G. Dell’Ariccia et B. Li, 2011, « Creditless Recoveries », IMF Working Paper n° 11/58, FMI.

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