+
-

Économie bancaire

Deleveraging en zone euro : comment les bilans bancaires se sont dégonflés

Le 28/05/2013
Laurent Quignon

Les statistiques mensuelles fournies par la BCE relatives aux bilans (comptes sociaux) agrégés des « institutions financières et monétaires » (IFM) [1] offrent une image macroéconomique du système bancaire de la zone euro.

La baisse des bilans bancaires n’est que l’une des modalités du deleveraging, avec le renforcement des fonds propres et le derisking [2]. Si le ratio des fonds propres aux actifs bancaires non pondérés a progressé de 5,4 % en septembre 2008 à 7,2 % au 31 mars 2013, c’est surtout à la faveur du renforcement des premiers, passés de 1 750 milliards d’euros en octobre 2008 à 2 350 milliards en mars 2013. Certes, la crise financière a considérablement infléchi la croissance des bilans bancaires, passée d’environ 8,5 %, en moyenne annuelle, entre 1997 et 2008 à 1,5 % entre octobre 2008 et mai 2012. Mais la baisse des bilans bancaires, qui culminaient à 34 858 milliards en mai 2012, n’a débuté qu’en juin 2012.

Le financement de l’économie, contributeur marginal de cette baisse

Le recul de 6 % des bilans bancaires (soit -2 085 milliards) observé entre mai 2012 et mars 2013, dernier point disponible du bilan agrégé qui s’établissait alors à 32 772 milliards, s’explique pour plus de 40 % par la contraction des « autres actifs », largement constitués d’instruments dérivés (-902 milliards, -2,6 % en contribution), en réponse à la nouvelle charge en capital imposée par Bâle III au titre des dérivés de gré à gré. Un tiers de la diminution des bilans est inhérent à celle des réserves constituées auprès de l’Eurosystème (- 835 milliards, -2,4 %) laquelle n’a été que très légèrement compensée par la contribution positive des prêts interbancaires (+0,4 %), dont l’encours progressait de 4,4 %. La baisse des actifs détenus à l’extérieur de la zone euro a également contribué, dans une moindre mesure (-340 milliards, -1 % en contribution), à la baisse des bilans des IFM. Cette dernière n’est, en revanche, que marginalement imputable au financement de l’économie, qu’il s’agisse des prêts aux autres agents résidents [3] (-0,4 % en contribution, l’encours ayant reculé de 1,2 % sur la période) ou des portefeuilles de titres émis par les résidents de la zone euro (encours quasiment stable). Ces évolutions d’ensemble dissimulent néanmoins une ligne de fracture entre les pays du coeur et du nord de la zone d’une part (dont la France), dans lesquels l’encours des prêts à la clientèle continue de progresser, et ceux du Sud d’autre part, caractérisés par le désendettement massif du secteur non financier.

Des passifs qui s’ajustent sur les ressources extérieures et les financements de la BCE

L’ajustement des passifs bancaires a, en premier lieu, procédé de la diminution des ressources extérieures à la zone euro (qui englobent les titres de créances de maturité inférieure à 2 ans), lesquelles ont reculé de 890 milliards entre mai 2012 et mars 2013, soit une contribution de plus de 40 % à la baisse globale des ressources de 6 %. Dans le détail, les dépôts collectés auprès des non-résidents ont amplifié leur baisse entamée à l’automne 2008, sous l’effet de la moindre collecte de dépôts libellés en euro et malgré la modération de la baisse des dépôts en dollar.

Les évolutions des opérations avec l’Eurosystème et sur instruments dérivés font largement écho à celles des postes de même nature à l’actif. Les concours reçus de la BCE ont ainsi diminué de 773 milliards au cours de la période, au gré des remboursements des LTRO [4] intervenus depuis décembre 2012, à hauteur de près de 300 milliards, contribuant à un peu moins de 40 % à la baisse globale des passifs. Les autres passifs (dérivés principalement) et titres de dette détenus par les résidents ont contribué plus modestement à la baisse des ressources (respectivement -1,5 % et -1 %). Enfin, et ce n’est pas une surprise, deux postes échappent à la tendance générale et apportent encore une contribution positive : les dépôts de la clientèle (+0,6 %) – d’où la diminution du ratio des prêts aux dépôts – et les fonds propres et réserves (+0,3 %).

[1] Ces statistiques englobent les comptes des filiales établies dans un pays membre de l’union monétaire mais appartenant à des groupes bancaires situés en dehors la zone euro ; elles excluent ceux des filiales étrangères détenues par les banques européennes.

[2] Le derisking, qui consiste à réduire la pondération moyenne des actifs et autorise la hausse du ratio de solvabilité réglementaire sans baisse de bilan ni augmentation des fonds propres, ne peut être appréhendé par les statistiques monétaires.

[3] Ménages, sociétés, administrations publiques.

[4] Long-term refinancing operations.

L'auteur

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet