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Économie

La BCE veut endiguer la spirale déflationiste : y parviendra-t-elle ?

Le 30/06/2014
Philippe d'Arvisenet

Comme prévu, le comité des gouverneurs de la BCE a pris, en juin, une série de mesures d’assouplissement ​: baisse de ses trois taux, prolongement à fin 2016 du régime de refinancement sans limite quantitative pour les opérations hebdomadaires et à 3 mois, apport de liquidité via l’arrêt de la stérilisation du SMP (Security Market Program) et lancement de deux opérations de refinancement ciblées à long terme d’ici la fin de l’année, à des conditions avantageuses (taux en vigueur augmenté d’une prime de 10 points de base), qui prolongent de 2 ans les LTRO. S’y ajoutent, en 2015 et 2016, des opérations trimestrielles destinées à stimuler le crédit au secteur privé non résidentiel.

Ces mesures visent, d’une part, à contrer le risque de resserrement des conditions sur le marché monétaire à court terme et sur le marché des devises et, d’autre part, à s’attaquer au grippage des mécanismes de transmission de la politique monétaire (canal du crédit), l’idée étant, en fait, de repousser les obstacles à la reprise attendue. Des doutes subsistent cependant quant à leur efficacité pour extirper le risque déflationniste. Les projections de la BCE font état d’une inflation limitée à 0,7 % cette année et à 1,1 % l’an prochain. Revenir en phase avec l’objectif prendra du temps. Le recul de l’inflation est loin d’être seulement lié à l’effort de redressement de la compétitivité des pays de la périphérie, la poussée désinflationniste touchant le cœur de la zone (0,6 % en Allemagne, par exemple). Le fait que la BCE ait précisé ne pas avoir épuisé ses munitions n’est pas innocent : il s’agit bien sûr d’éviter une détérioration des anticipations, mais on peut aussi s’attendre à la mise en place un programme d’achats de titres adossés à des crédits privés (« ABS simples et transparents »), dispositif dont la BCE étudie les possibles modalités. Au-delà, si l’inflation tardait trop à donner des signes de redressement, la voie serait alors ouverte à de nouvelles mesures « non orthodoxes » : en clair, un quantitative easing étendu aux titres souverains. La BCE a déjà montré sa capacité à surprendre, avec l’OMT (Outright Monetary Transactions) en septembre 2012 et, plus récemment, avec le passage du taux de rémunération des réserves en territoire négatif.

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