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L'actualité des M&A bancaires

Bankia dans la tourmente

Au bord de la faillite, la banque espagnole Bankia a été sauvée en urgence. Cette actualité illustre non seulement les maux du système financier espagnol, mais aussi la nécessité d’une nouvelle donne européenne.

Le 26/06/2012
Georges Pujals

Une fois encore, le secteur bancaire espagnol a fait la une de l'actualité au cours du mois écoulé. D’une part, trois nouvelles caisses d’épargne, Ibercaja, Liberbank et Caja3, ont annoncé leur fusion à la fin mai (voir Encadré 1). Avec 114 milliards d’euros d’actifs, plus de 2 800 agences et près de 6 millions de clients, ce rapprochement va donner naissance au septième groupe financier du pays derrière CaixaBank, BBVA, Santander, Bankia, Banco Sabadell et Banco Popular. Le nouveau groupe sera même leader dans six des dix-sept communautés autonomes d’Espagne – Aragon, Asturies, Cantabrie, Castille-La-Manche, Extremadure et La Rioja –, avec une part de marché supérieure à 10 %. Ibercaja détiendra 46,5 % du nouvel ensemble contre 45,5 % pour Liberbank et seulement 8 % pour Caja3.

D’autre part, la quatrième banque du pays, Bankia, a fait l’objet d’une nationalisation en urgence par le gouvernement espagnol. C’est la conséquence d’une surexposition au secteur immobilier domestique, avec 31,8 milliards d’euros d’actifs dits « problématiques » [1]. Après avoir obtenu début mai une première aide de près de 4,5 milliards d’euros auprès du FROB [2], elle va recevoir un soutien supplémentaire de 19 milliards d’euros. Au total, son plan de recapitalisation devrait être d’un montant de 23,5 milliards d’euros, soit le sauvetage public le plus coûteux de l’histoire de l’Espagne. Pour autant, Madrid n’avait guère le choix, puisque Bankia représente 10 % du système financier espagnol (340 milliards d’euros d’actifs, 10 millions de clients) et est, à ce titre, considérée comme une banque « systémique ».

Ce dernier cas conduit à formuler trois réflexions.

En premier lieu, le désastre Bankia, né du rapprochement en 2010 de sept caisses d’épargne, pose la question de la pertinence des fusions réalisées ces dernières années en Espagne entre des caisses d’épargne fragilisées pour former des entités de grande taille, sous prétexte qu’elles seront plus résilientes. Avec le recul, il apparaît au final que cette logique, encouragée dès 2008 par les autorités de tutelle espagnoles, a davantage multiplié les difficultés qu’elle ne les a résolues. En effet, les cajas ont fusionné dans l’urgence sans prendre le temps d’assainir au préalable leur bilan. Par ailleurs, certaines de ces unions ont été guidées par des considérations d’ordre politique et non par un véritable projet stratégique à long terme.

En second lieu, l’exemple de Bankia met en évidence l’insuffisance de la construction européenne sur le plan bancaire. En la matière, trois axes semblent prioritaires :

  • l'instauration d’un système fédéral de garantie de dépôts ;
  • la mise en place d’un véritable régulateur européen ;
  • la création d’un mécanisme européen d’intervention d’urgence, comportant notamment des règles de recapitalisation directe des banques au niveau de l’Union.

Enfin, en troisième lieu, le sauvetage de Bankia montre également qu’il est urgent de traiter l’épineux dossier du traitement préventif (limiter la taille des banques) et surtout curatif (démantèlement ordonné) des banques systémiques en cas de défaillance. Compte tenu des niveaux de dette publique atteints en Europe, il n’est pas souhaitable de procéder au renflouement automatique par les États des établissements en difficulté, sous peine d’encourager les comportements de type aléa moral. L’action des autorités de tutelle doit alors être guidée par un double principe de minimisation du risque systémique et de moindre coût pour les contribuables.

Achevé de rédiger le 17 juin 2012.

[1] D’après la Banque d’Espagne, le secteur bancaire espagnol compterait 184 milliards d’euros d’actifs immobiliers douteux (prêts douteux aux constructeurs et aux promoteurs, biens immobiliers en portefeuille suite à des défauts de paiement).

[2] Fonds espagnol de restructuration bancaire.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Chargé de cours
      Université Paris-Descartes
    • Economiste bancaire
      CEPN

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