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Argentine

Une telenovela judiciaire et politique

Le 29/08/2014

Les rebondissements du feuilleton argentin ont émaillé l’été 2014 et devraient se poursuivre à la rentrée. Le 30 juillet, l'État argentin a été déclaré par S&P en situation de « défaut sélectif ». Le 16 juin dernier, la Cour suprême des États-Unis avait refusé d'examiner l'appel déposé par l'Argentine contre sa condamnation à rembourser 1,33 milliard de dollars à des fonds spéculatifs ayant refusé la restructuration de sa dette [1]. L'Argentine, en situation de faillite depuis 2001, avait renégocié 93 % de sa dette en 2005 puis en 2010, avec une décote de 70 %.

En raison de ce litige, le juge américain en charge de l'affaire a bloqué le règlement d'une échéance de 539 millions de dollars, due à des créanciers ayant accepté de renégocier la dette. Il souhaite en effet que l'État argentin honore en priorité les sommes dues aux fonds vautours.

Or l'Argentine refuse de s'exécuter avant le 31 décembre 2014. Si elle le faisait, les autres créanciers seraient en droit de réclamer un traitement équitable, avec une facture pouvant dépasser les 100 milliards de dollars - bien au-delà donc des 1,33 milliard réclamés.

L’Argentine a choisi de lutter bec et ongles contre l’appareil judiciaire américain, en portant le conflit devant la Cour internationale de justice, et en achetant des pages dans les journaux financiers pour défendre sa cause aux yeux des investisseurs. Une plainte pour délit d’initié a également été déposée devant la SEC. La 69e Assemblée générale des Nations Unies, qui se tiendra le 16 septembre, devrait être le théâtre de nouvelles annonces.

Les fonds vautour, et plus particulièrement NML, dirigé par le puissant Paul Singer, ne sont pas en reste. Ce dernier a récemment obtenu d’un juge du Nevada l’autorisation d’étudier l’actionnariat de 123 sociétés basées dans cet État. L’objectif de Paul Singer est de mettre à jour des liens financiers entre M. Bàez, propriétaire actuel de ces sociétés – qui fait déjà l’objet d’une enquête en Argentine – et Cristina Kirchner, dans le cadre d’un éventuel détournement de fonds publics. Si ces liens et ces malversations étaient prouvés en Argentine, alors le magnat américain espère pouvoir faire saisir ces actifs.

Bien que certains considèrent que cette situation devrait compliquer le financement de l'économie argentine, la directrice générale du FMI Christine Lagarde a pour sa part minimisé son impact. « Même si un défaut est toujours regrettable, nous ne pensons pas qu'il aura des conséquences majeures en dehors » du pays, a-t-elle estimé. Bien que l'économie montre des signes d'affaiblissement depuis 2013, le pays dispose encore d'un matelas de réserves important, soit environ 29 milliards de dollars.

[1] Voir à ce sujet l'article paru dans le Revue Banque n°774, juillet-août 2014.

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