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Marché actions

Déboires des banques européennes en Bourse

La sous-performance du secteur bancaire sur les marchés actions s’est confirmée en 2018.

Le 28/01/2019
Sophie Gauvent

-28 % : c’est la piètre performance de l’indice Stoxx 600 bank en 2018. La comparaison avec l’indice Stoxx 600 (-13 %) montre que les banques sont en mauvaise posture. « Et cette sous-performance dure depuis plus de cinq ans, précise Tangi Le Liboux, stratégiste chez Aurel-BCG. Le secteur bancaire est cette année le plus mal loti, avec celui de l’automobile (-28,1 %). »

`Le niveau des taux explique en partie cette contre-performance des banques car la période de taux bas n’en finit plus de jouer les prolongations. Aussi, relate Tangi Le Liboux, « nombre d'investisseurs ont jeté l’éponge. Ils ont cessé d'attendre que les taux remontent et ont choisi de délaisser le secteur bancaire. »

L’autre grand facteur explicatif du mauvais comportement en Bourse des valeurs bancaires est la situation politique de l’Europe. « Pour les investisseurs américains ou japonais, le projet européen n’est pas lisible », explique Tangi le Liboux. En effet, l’enthousiasme qui était palpable au début de la construction de l’Union bancaire est retombé et la Garantie des dépôts est toujours manquante, pour ne citer qu’un exemple des outils qui font encore défaut. De plus, les marchés s’inquiètent de la fragilité de plusieurs gouvernements : des élections anticipées auront probablement lieu cette année en Espagne ; en Allemagne, la popularité d'Angela Merkel a beaucoup baissé ; toute la classe politique britannique est bouleversée en raison du Brexit qui lui-même inquiète les investisseurs et plus généralement, la montée des populismes plonge l’avenir de l’Europe dans le brouillard. Ainsi, Tangi Le Liboux a observé de nombreux investisseurs internationaux en 2018 se retirer du marché boursier européen, tous secteurs confondus : « Mais face au risque politique et économique, ce sont tout de même les banques qui souffrent le plus. »

Les FinTechs jugées menaçantes

La concurrence des FinTechs constitue elle aussi un facteur explicatif, selon le stratégiste : « sur chaque activité où les banques perçoivent des commissions substantielles, une FinTech vient les concurrencer. Par exemple, sur les frais de change, une FinTech comme Revolut constitue un rude adversaire pour les grands établissements. Même si, pour le moment, les banques n’en souffrent pas vraiment, les investisseurs observent cette nouvelle concurrence et la jugent menaçante pour les banques. »

L’un des pays qui pâtit le plus de ces contre-performances boursières est l’Allemagne où « seules deux grandes banques sont cotées, Deutsch Bank et Commerzbank qui ont beaucoup baissé (-56 % en 2018 pour DB) », précise Tangi Le Liboux. Tout le secteur bancaire allemand est dans une situation délicate. Trop atomisé,  la concurrence y est très forte et les taux encore plus bas qu’ailleurs ; nombre d’observateurs estiment qu’il a besoin d’un mouvement de concentration. S.G.

 

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