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Gestion de l'épargne salariale

S2E, une plate-forme 4 étoiles

Créé par quatre institutions financières, S2E (Services Épargne Entreprise) a pour premier objectif de mutualiser les moyens mis en œuvre pour la tenue de comptes de leur activité d’épargne salariale. Mais les ambitions de l’entreprise vont bien au-delà.

Le 22/05/2012
Elisabeth Coulomb

S2E est une plate-forme de tenue de compte d’épargne salariale créée en 2006 par quatre institutions financières : Société générale, BNP Paribas, HSBC et Axa, qui sont à la fois les actionnaires de l’entreprise, mais aussi ses quatre clients.

Quatre clients…

La première raison d’être de l’entreprise est la mutualisation de moyens : la gestion de l’épargne salariale est une activité qui nécessite des investissements lourds en système d’information et supporte des coûts fixes élevés. L’objectif de la plate-forme est donc de partager les charges, et en traitant de forts volumes d’opérations, de faire des économies d’échelle. « Sur les trois dernières années, nous avons diminué nos coûts d’exploitation courante de 11 %, en triplant notre capacité d’investissement, qui est passée de 2 millions d’euros en 2009 à 7 en 2011 » explique ainsi Stanislas Armand, président de S2E.

Mais travailler avec quatre clients, partenaires dans les coulisses mais concurrents sur la scène et contrôlant conjointement l’entreprise, conduit à gérer un risque de conflits d’intérêt non négligeable !

Quatre concurrents…

Aussi cette mise en commun de moyens doit-elle être gérée avec finesse. Sur le plan des aspects concurrentiels, S2E s’est organisée pour fonctionner en deux modes :

  • le premier couvre les traitements et projets communs, qui portent principalement sur les questions réglementaires, par exemple la fiscalité ou les réformes des règles de l’épargne salariale s’imposant à toute la profession. Cet espace commun accueille parfois également des projets commerciaux que les quatre parties prenantes acceptent de partager, comme l’application lancée en 2011 qui permet aux salariés de faire des versements volontaires par carte bancaire ;
  • l’autre mode relève d’une relation bilatérale avec chacun des quatre teneurs de compte : ceux-ci disposent d’un environnement ségrégué dans le système d’information, dans lequel sont logées leurs informations confidentielles comme les données liées à leur fonds de commerce, ou les projets spécifiques portant sur des offres commerciales qui restent du domaine concurrentiel. « Bien entendu, dans ce cas, le teneur de compte supporte seul les coûts du développement » précise Jérôme Chouleur, directeur relations clients institutionnels.

Quatre actionnaires…

D’autres murailles de Chine ont aussi été érigées pour organiser les relations avec les actionnaires. Comme le souligne Jérôme Chouleur, « S2E gère distinctement la relation actionnariale et la solution client-fournisseur avec des interlocuteurs dédiés pour chacune d’elles ». En outre, le Conseil de surveillance de S2E où siègent deux représentants de chaque actionnaire a une présidence tournante, d’une année sur l’autre, de façon à assurer une direction équitable.

Gérer le risque opérationnel

Quatre clients, quatre concurrents, quatre actionnaires, mais aussi quatre institutions financières : la nature de leur activité est une source de complexité supplémentaire. S2E est considéré comme un « prestataire essentiel » pour les teneurs de compte, qui ont, de ce fait, l’obligation réglementaire de s’assurer de la bonne gestion du risque opérationnel de la plate-forme. S2E se voit donc contraint non seulement de respecter les mêmes standards en la matière que ces clients, mais aussi de se soumettre à leur contrôle. Ainsi, sans être une banque, S2E est indirectement soumise au sacro-saint règlement 97-02 : comme toute banque, elle a défini des plans de continuité d’activité et localisé des sites de secours et elle subit tous les ans des missions d’inspection de chacune des maisons mères des teneurs de compte, ainsi que des audits de contrôle menés en commun par ces derniers. Une surveillance rapprochée que les dirigeants considèrent avec philosophie : l’entreprise a tout intérêt à gérer au plus près son risque opérationnel, compte tenu des flux de données qu’elle brasse et des transactions qu’elle effectue, qui peuvent, en cas de manquement, faire dégénérer le risque opérationnel en risque de marché. Et les résultats sont probants : « En trois ans, nous avons divisé par dix le montant des erreurs » souligne Stanislas Armand.

L’Intel inside de l’épargne salariale

Baisse des coûts, gestion des risques… S2E a pourtant d’autres ambitions ! « Nous voulons être l’Intel inside de l’épargne salariale, affirme Stanislas Armand.Être géré sur notre plate-forme doit devenir un atout supplémentaire dans l’offre de gestion d’épargne salariale que nos teneurs de comptes proposent à leurs propres clients ». Des intérêts bien compris, puisque la progression du chiffre d’affaires des uns fera celle des autres.

S2E ne cherche donc pas à afficher les coûts les plus bas du marché, mais à « partager avec [ses] clients des bonnes pratiques et leur fournir le meilleur rapport qualité/prix » rappelle Stanislas Armand. Dans cette perspective, S2E a entamé une démarche à large spectre de certification ISO 9001 : les procédures déployées avec deux des teneurs de compte sont déjà labellisées et celles des deux autres devraient l’être cette année. En outre, la plate-forme elle-même devrait être prochainement certifiée. S2E s’est aussi convertie aux pratiques de l’industrie : elle applique la méthode ABC [1], qui permet de connaître le détail des coûts de production : par type d’opérations, d’entreprises ou encore de canal (web ou conseiller). Ainsi, des SLA [2] norment pour chaque teneur de compte la qualité de service requise de la plate-forme. Enfin, S2E se soumet tous les ans à une enquête de satisfaction menée auprès de ses clients et elle n’est pas peu fière de publier un taux de satisfaction globale de 94 % en 2011. Selon Stanislas Armand, « cela participe d’un processus d’amélioration continue de la qualité » .

Les exigences nouvelles des salariés

La qualité trouve son expression la plus naturelle dans l’enrichissement de l’offre de la plate-forme. En 2011, par exemple, la refonte des deux sites Internet, respectivement dédiés aux entreprises et aux salariés, a été engagée. Il s’agit d’investissement portant tant sur les fonctionnalités transactionnelles que celles liées à l’éditique, à savoir l’information communiquée et le reporting. La même année ont été lancées l’application permettant les versements par carte bancaire des salariés évoquée précédemment et celle autorisant la consultation des comptes sur smartphone. « Cela répond à une exigence nouvelle des salariés, mieux informés, qui manifestent un intérêt beaucoup plus grand pour l’épargne salariale et veulent en suivre l’évolution, surtout dans un contexte de marchés volatils », explique Stanislas Armand.

Pré carré

Quant à savoir si la plate-forme pourrait un jour s’ouvrir à des clients plus nombreux, S2E a techniquement la capacité de le faire et son SI peut accueillir une volumétrie beaucoup plus importante. Elle a d’ailleurs déjà un client tiers initialement amené par un des teneurs de compte fondateurs (Federis Epargne Salariale qui compte 80 000 salariés sur les 3,6 millions gérés par la plate-forme). Mais cette décision « relèvera de nos actionnaires », conclut Stanislas Armand…

[1] Activity Based Costing

[2] « Service Level Agreement ».

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