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Le système financier chinois en quête de maturité

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Caractérisé par des banques aux mains de l'État, des marchés volatils et peu ouverts et des régulateurs inexpérimentés, le système financier chinois peine aujourd'hui à jouer pleinement son rôle de financement de la transition économique. Conscient de ces limites, Pékin multiplie les réformes. Cela suffira-t-il ?

L’économie chinoise est en train de prendre un virage fort, vers davantage d’ouverture et un poids plus grand de la consommation intérieure dans la croissance. Croissance qui par ailleurs marque une inflexion, après des décennies d’expansion. Un tel changement de cap doit être financé. Mais à l’aune des krachs qui ont ébranlé les Bourses de Shanghai et Shenzhen à l’été 2015 et en janvier 2016, on peut se demander si le système financier chinois est à la hauteur des enjeux. Les marchés sont encore relativement frustes dans leur organisation : faible ouverture des marchés obligataires, forte volatilité des marchés actions dominés par les épargnants « boursicoteurs », manque d’expérience des régulateurs dans leur communication… Mais la donne est en train de changer. Les investisseurs internationaux se voient autoriser l’accès à certains pans de marchés, une plus grande variété d’émetteurs est incitée à aller lever des fonds et des instruments dérivés commencent à faire leur apparition pour une meilleure couverture des risques.

De leur côté, les institutions financières, et tout particulièrement les grandes banques commerciales, sont détenues par l’État et répondent aux injonctions de la sphère politique. Ces dernières ne sont pas toujours alignées avec les nécessités économiques et les financements peinent encore à s’orienter vers les secteurs et entreprises qui porteront demain la croissance. D’autant que les bilans bancaires sont grevés de créances douteuses. Pékin, conscient de ces limites, a autorisé la création de banques à capitaux privés, venant servir les PME et les particuliers laissés de côté par les banques d’État. Cela suffira-t-il à répondre aux besoins d’une économie en mutation et à réduire le recours aux acteurs non régulés du shadow banking ?

Sur la scène financière mondiale en tout cas, la Chine continue de pousser ses pions. En Afrique tout d’abord, où elle est devenue un partenaire financier indispensable sur la dernière décennie. En Asie ensuite, depuis qu’en janvier dernier, elle a porté sur les fonts baptismaux la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures qui viendra renforcer son empreinte financière dans les pays voisins. Vis-à-vis de l’ensemble du monde développé enfin, puisqu’elle vient d’obtenir que sa monnaie soit adoubée comme la cinquième devise entrant dans la composition du panier des Droits de tirage spéciaux du FMI, aux côtés du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen. Pour les observateurs les plus optimistes, cette internationalisation accélérera nécessairement la diffusion des standards occidentaux au sein du système financier chinois. Pour d’autres, le manque de maturité de ce dernier pourrait au contraire être source de déstabilisation de la première puissance économique mondiale.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

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