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Banque de financement et d’investissement

Les BFI européennes face à leur destin

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Face à leurs concurrentes américaines, les BFI européennes sont à la peine. Le projet d’Union des marchés de capitaux pourrait les aider à remonter la pente. Plus concrètement, elles mettent en œuvre des stratégies de mutualisation.

Les classements se succèdent et dessinent une même tendance : le recul des BFI européennes face à leurs homologues américaines. En examinant les chiffres que la société de recherche Coalition a établis depuis 2011, la domination des établissements américains sur les activités de banque d’investissement est devenue flagrante. JP Morgan fait la course en tête ; derrière, Citi et Goldman Sachs s’échangent les titres de n° 2 et de n° 3 entre 2015 et 2018. Il faut remonter jusqu’en 2014 pour voir une banque européenne sur le podium : Deutsche Bank qui, depuis 2010, se trouvait soit sur la 2e marche, soit sur la 3e. Plus grave : même en se concentrant sur la zone EMEA (Europe, Moyen Orient, Afrique), le trio de tête est aujourd’hui entièrement américain. Et pourtant, en remontant le temps, Deutsche Bank tenait tête aux américaines sur cette région : l’allemande était n° 2 de 2015 à 2017 et n° 1 en 2014 et 2013.

Désengagement de BFI européennes aux États-Unis

Les causes de cette tendance sont multiples. Pour Stéphane Déo et Stéphane Herndl (LBPAM), les raisons sont à rechercher dans les années qui ont suivi la crise financière : les banques européennes n’ont pas renforcé leurs fonds propres aussi rapidement que leurs rivales américaines puis ont du digérer la réglementation (notamment Bâle III) destinée à sécuriser le système bancaire et financier. « Dans ce contexte, les BFI ont été particulièrement touchées. La réduction du budget de risque et le recentrage des activités sur les métiers principaux ont incité un certain nombre d’établissements européens à se désengager des activités de BFI aux États-Unis, » estiment les deux spécialistes. À l’inverse, les acteurs américains prospèrent sur le marché européen.

Nombre d’observateurs regrettent la perte de vitesse des BFI européennes. Pour Jérôme Legras, la BFI a, dans un groupe bancaire, un effet de diversification intéressant : « la BFI peut être rentable quand l’économie et les marchés sont volatils. Elle peut même être rentable quand les marchés s’écroulent ou que l’économie est en récession. Et dans les meilleures années, elle peut offrir des rendements que la banque de détail, plus stable, n’offrira jamais ». La perspective du Brexit et les craintes de voir l’émergence à Londres d’un « Singapour sur Tamise » orientant sa législation de façon à favoriser les acteurs de la City incitent, elles aussi, à souhaiter que les établissements de l’Union européenne soient robustes.

Remonter la pente

Mais comment peuvent-ils remonter la pente ? Si l’Union bancaire était finalisée et offrait la même fluidité que le marché américain, les fusions transfrontalières entre banques européennes seraient favorisées et le secteur bancaire européen, restructuré, serait plus efficace, notamment en BFI. Par ailleurs, l’un des objectifs de l’Union des marchés de capitaux (UMC) étant de renforcer en Europe le financement de marché (par opposition au financement par prêt bancaire), cette évolution, si elle se matérialise, apportera un surcroît d’activité aux BFI ; et le recul de l’activité de prêteur ne serait pas à déplorer, à en croire Stéphane Déo et Stéphane Herndl (voir leur article, p. 7). Mais sans attendre que ces chantiers réglementaires aboutissent, les BFI européennes peuvent améliorer leur situation et cela passe bien souvent par la mutualisation : la mise en commun de ressources opérationnelles et technologiques. Pour mettre en évidence l’efficacité d’une telle démarche, Matthieu Prieuret (Eurogroup Consulting) donne un exemple issu d’une autre industrie : « Le champion européen de la gestion et réservation de billets de voyages Amadeus IT Group a été fondé en 1987 par Air France, Iberia, Lufthansa et SAS qui ont voulu créer, ensemble, un système commun de réservation et gestion de billets de voyages. Cette initiative a permis de mutualiser de forts investissements entre les partenaires et créer une alternative face au géant américain Sabre. La valorisation boursière d’Amadeus est aujourd’hui 7,2 fois plus importante que celle d’Air France KLM ! » Espérons que les initiatives de mutualisation menées par les BFI européennes rencontreront le même succès.

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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