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Financement des entreprises : la nouvelle place des banques

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Pour continuer de financer les entreprises tout en respectant les contraintes bâloises, les banques adoptent une nouvelle stratégie : elles développent leur offre obligataire, nouent des partenariats avec des investisseurs, proposent davantage de prêts de courte durée… Mais leur capacité d'adaptation a des limites.

« Il est faux de dire que les banques ne financent pas les entreprises ». Dans la bouche de Gérard Rameix, président de l'AMF et ancien médiateur du Crédit s'exprimant lors d'une conférence [1], l'affirmation interpelle, à l'heure où de nombreuses voix s'élèvent pour critiquer la timidité des banques en matière d'octroi de crédits depuis les débuts de la crise financière. « Le malentendu s'explique par le contexte économique difficile, poursuit l'ancien médiateur. Les entreprises sont elles-mêmes dans une situation financière peu rassurante pour les banques. Il faut donc parfois compléter le financement bancaire par un soutien public, fourni par Oséo [2] » (lire également les articles de Laurent Quignon et Frédéric Lobez).

Outre le contexte économique, les ratios de liquidité introduits par la nouvelle réglementation bâloise bouleversent l'activité de prêteur des établissements bancaires  (voir l'interview de Pierre Palmieri). Le ratio NSFR [3] notamment menace le rôle de transformation des banques. De plus, la crise d'août 2011, qui a vu naître la défiance des fonds monétaires américains à l'égard des banques européennes, a dégradé la situation sur le front de la liquidité en dollars.

Le ratio de solvabilité de Bâle III est lui aussi en cause : « l'augmentation du niveau de fonds propres requis face aux risques que présentent les actifs de la banque tels que le risque de crédit a pour conséquence de limiter l'octroi de crédits », analyse Nathalie Dezeure, avant d'ajouter que « l'instauration d'un ratio de levier tend à produire le même effet ».

Dans ce contexte, certaines caractéristiques du financement des entreprises demeurent stables ; par exemple, la solidité des fonds propres de l'emprunteur constitue un argument de taille aux yeux des banquiers (voir le supplément de Revue Banque et le dossier du Banque & Stratégie n° 309, consacré au capital-investissement ). Mais de nouvelles pratiques émergent :

  • les banques préférant prêter sur de courtes durées, les « bridges » se développent ;
  • qu'elle demande un prêt de longue ou de courte durée, l'entreprise a davantage de chances de l'obtenir si elle confie ses précieuses liquidités à la banque sollicitée ;
  • le phénomène baptisé « originate to distribute » émerge en Europe. Dans ce schéma, la banque continue d'originer le crédit, mais l'essentiel du montant est financé par un investisseur institutionnel ;
  • les banques accompagnent leurs clients sur le marché obligataire où les émissions se multiplient. Elles ne sont plus l'apanage des grands corporates bien notés. Les entreprises plus petites et/ou moins bien notées accèdent désormais largement à ce mode de financement.

Ainsi, l'Europe se dirige vers le modèle américain, très désintermédié, une évolution surprenante dans la mesure où la crise est née aux États-Unis.

Plus incroyable encore, ce pays a annoncé le mois dernier qu'il reportait sine die l'application de Bâle III. Choqués, les banquiers européens craignent de perdre leur compétitivité face à leurs homologues d'outre-Atlantique. Ils appréhendent également les réglementations qui visent à modifier la structure des banques afin de séparer les activités utiles à l'économie de celles qui sont spéculatives. Qu'ils soient concernés par le rapport Liikanen et/ou par la loi bancaire française, les établissements redoutent de voir stigmatisées des activités qui, en réalité, leur permettent d'accompagner leurs clients sur les marchés.

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

[1] Entretiens 2012 de l'AMF.

[2] Ou, bientôt, par la BPI, NDLR.

[3] Le Net Stable Funding Ratio impose aux banques de détenir des ressources de long terme pour financer des prêts à long terme alors qu'elles utilisent traditionnellement des ressources de plus court terme qu'elles transforment en emplois de long terme.

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