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Économie

Quand les crises se répètent… et se ressemblent

Le 25/10/2011
Marie Brière

Un récent article du National Bureau of Economic Research [1] pourrait bien donner à réfléchir. Il met en évidence le fait que les banques ayant accusé les plus fortes pertes pendant la crise de 1998 sont aussi celles qui ont eu les plus mauvaises performances pendant la crise de 2007-2009.

La crise de 1998 a été l’une des plus sévères de ces 30 dernières années. Elle a commencé par le défaut de la Russie en août 1998 et s’est soldée par une série de réactions en chaîne, à commencer par la faillite du fonds spéculatif LTCM, une baisse de tous les marchés considérés comme risqués, ainsi que des mouvements sans précédent de fuite vers la qualité et la liquidité. Elle s’est soldée par d’importantes pertes pour les institutions financières [2].

Les auteurs de l'article démontrent que les performances des banques américaines pendant la crise de 2007-2009 sont fortement corrélées avec celles obtenues pendant la crise de 1998. En moyenne, pour 1 % de pertes en 1998, 66 bp ont été perdus pendant la dernière crise. La performance des banques en 1998 est même l’un des facteurs explicatifs les plus significatifs de leurs pertes récentes, aussi important que le degré de leverage de l’institution au début de la crise. Les banques qui ont fait des pertes particulièrement sévères pendant les deux crises avaient toutes en commun d’être particulièrement dépendantes de financements à court terme. Enfin, les pertes de 1998 ont eu un important effet de causalité sur la probabilité de faillite en 2007-2009 : celle-ci a augmenté significativement pendant la dernière crise – de 4,8 %, à comparer avec une probabilité de défaut moyenne des banques de 7,5 % – lorsque les pertes ont été fortes pendant la crise de 1998. Ces résultats sont robustes, que l’on considère ou non les banques d’investissement dans l’échantillon.

Est-ce l’histoire qui se répète et les banques qui tardent à apprendre et à s’adapter ? Il est en effet possible que les mauvaises performances d’une banque pendant une crise soient liées aux caractéristiques de son business model, lesquelles ont tendance à être persistantes.

[1] Fahlenbrach R., Prilmeier R. and Stulz R. M. « This time is the same: Using the events of 1998 to explain bank returns during the financial crisis », NBER Working Paper N°17038, Février 2011.

[2] Par exemple les capitalisations de marché de Citigroup et Chase Manhattan ont perdu 50% dans les 2 mois qui ont suivi le défaut.

L'auteur

  • M. Brière 2
    • Head of Investor Research Center
      Amundi Asset Management

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