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L'actualité des M & A bancaires

Objectif « Deleveraging »

L’année écoulée a amplifié le mouvement de cessions d’actifs initié en 2011. Le retour des méga-deals offensifs et structurants ne semblent pas d’actualité en 2013.

Le 26/02/2013
Georges Pujals

Dans un marché mondial des fusions-acquisitions en baisse, l’année 2012 aura surtout été marquée par une vague de cessions sans précédent en matière de M&A bancaires (voir Graphique 1). Afin de satisfaire aux nouvelles exigences de fonds propres issues de la réforme Bâle III, les principales banques mondiales ont dû réduire massivement la taille de leur bilan (deleveraging) en vendant leurs filiales non stratégiques ainsi que certains de leurs actifs financiers. En Europe, plusieurs établissements de tout premier plan ont également été contraints par la Commission européenne de subir une cure d’amaigrissement forcée en raison des aides publiques reçues durant la crise.

Même si la plus grosse fusion-acquisition bancaire de l’année est à mettre à l’actif de la banque japonaise Sumitomo Mitsui, pour un montant proche de 6 milliards d’euros, le cas le plus emblématique est sans conteste celui de Dexia. La banque franco-belge a annoncé la cession de pas moins de six entités dans le cadre de son plan de démantèlement ordonné initié en octobre 2011. Par ordre chronologique, les filiales cédées sont les suivantes : Dexia Banque Belgique (devenue Belfius), une participation de 50 % dans RBC Dexia Investors Services, Dexia Banque Internationale à Luxembourg (BIL), Denizbank, Dexia Asset Management et Dexia Municipal Agency. Le groupe bancaire affiche désormais un bilan de près de 280 milliards d’euros, contre 520 milliards avant la crise.

En 2012, les banques françaises n’ont pas été en reste. La transaction la plus significative concerne la vente de la filiale grecque du Crédit Agricole, Emporiki Bank, à Alpha Bank, pour un euro symbolique. Quelques semaines plus tard, Société Générale a elle aussi annoncé la cession de sa filiale Geniki à Piraeus Bank. Dans les deux cas, ces ventes ont conduit à des moins-values pour les établissements hexagonaux. Le prix à payer pour sortir du « guêpier » grec. Plus récemment, Société Générale et BNP Paribas ont fait le choix de quitter l’Égypte, mais dans de bien meilleures conditions (voir Encadré 1).

En effet, Société Générale a vendu ses 77,17 % dans National Société Générale Bank (NSGB) à la banque qatarie Qatar National Bank, pour 1,52 milliard d’euros. Cette cession opportuniste lui permet non seulement de réaliser une plus-value de 350 millions d’euros, mais aussi d’améliorer son ratio Core Tier 1 de 30 points de base. Avec près de 700 000 clients et 160 agences, NSGB affichait un résultat net de plus de 180 millions d’euros en 2011. Quelques jours plus tard, c’est au tour de BNP Paribas d’annoncer la cession de sa filiale égyptienne à la banque Emirates NBD pour un montant de 379 millions d’euros, avec à la clé une plus-value de 100 millions d’euros. Forte d’un réseau de 69 succursales et de 200 000 clients particuliers, BNP Paribas Egypt a réalisé l’an dernier un bénéfice net de 28 millions d’euros.

À l’heure du bilan, trois autres tendances majeures se dégagent de l’année écoulée. Tout d’abord, il apparaît que ce qui constituait avant la crise une priorité stratégique pour les banques occidentales, à savoir le développement des réseaux de banque de détail à l’international, ne représente plus aujourd’hui la panacée. De plus, les acquéreurs venus d’Asie et du Golfe persique ont été particulièrement dynamiques. Alors que les acteurs des pays émergents sont en quête de savoir-faire, ceux en provenance du Japon ont profité d’un yen fort, qui leur permet de trouver à l’étranger la croissance qui leur fait défaut au niveau domestique à des prix attractifs. Enfin, la plupart des opérations annoncées en 2012 ont été défensives, avec une logique de recentrage. 2013 devrait s’inscrire dans ce même schéma stratégique.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé de cours
      Bureau Van Dijk
    • Chargé de cours
      Université Paris Descartes

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