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L'actualité des M&A bancaires

États-Unis : la course à la taille repart

Malgré les incertitudes pesant sur le secteur bancaire américain, plusieurs banques régionales sont repassées à l’offensive dans la banque de dépôt.

Le 22/08/2011
Georges Pujals

La consolidation bancaire connaît une forte poussée aux États-Unis, comme en témoignent les deux transactions annoncées d’un montant supérieur à 3 milliards de dollars (voir Encadré 1). Tout d’abord, Capital One vient de réaliser la plus importante acquisition du secteur depuis la crise financière, en mettant la main sur ING Direct USA pour 9 milliards de dollars. Cette opération entre dans la stratégie de transformation du groupe qui, d’un prestataire de cartes de crédit, veut devenir une banque de dépôt à part entière. Quelques jours plus tard, PNC Financial Services a jeté son dévolu sur l’activité de banque de détail aux États-Unis de Royal Bank of Canada, pour 3,45 milliards de dollars. Sa dernière acquisition d’envergure au niveau national remontait à la fin 2008 avec National City Corp. (5,58 milliards de dollars).

Au moins trois raisons laissent à penser que ce mouvement devrait continuer dans les prochains mois.

D’une part, les établissements bancaires américains sont fragilisés par de mauvaises performances depuis début 2011 : sur les trois premiers mois de l’année, le PNB du secteur a baissé pour la deuxième fois depuis 27 ans (-3,2 % par rapport à l’an dernier). Deux explications à ce constat : une croissance économique en berne et un marché de l’immobilier résidentiel moribond pèsent sur la demande de prêts, laquelle est le principal vecteur de revenus dans la banque de détail. En BFI, un contexte boursier défavorable a conduit à un repli de plus de 25 % des revenus tirés des activités de marché, alors que ces dernières ont été l’une des principales sources de profits au cours de la décennie précédente.

D’autre part, les banques américaines doivent faire face à de nouvelles contraintes réglementaires. Aux exigences renforcées en matière de fonds propres s’ajoutent un plafonnement revu à la baisse pour les commissions prélevées sur les cartes de débit [1] et la limitation du trading pour compte propre imposée dans le cadre de la loi Dodd-Frank.

Enfin, les autorités de tutelle aux États-Unis souhaitent que les banques en difficulté soient reprises par des établissements régionaux mieux capitalisés (BB&T, US Bancorp…) ou par de solides banques étrangères en quête de croissance à bon compte (Banco Santander, BNP Paribas…). En revanche, les trois géants nationaux Bank of America, JP Morgan Chase et Wells Fargo, qui atteignent ou sont proches de la limite autorisée des 10 % de part de marché sur les dépôts, ne devraient pas être des acteurs majeurs de la consolidation bancaire domestique à venir.

 

Achevé de rédiger le 17 juillet 2011

[1] Les commissions payées par les commerçants ne peuvent plus excéder 12 cents par transaction. Auparavant, elles pouvaient s'élever à 44 cents. Une disposition qui provoquera un manque à gagner pour le secteur bancaire estimé entre 12 et 15 milliards de dollars par an.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'Etudes
      Bureau Van Dijk
    • Economiste bancaire
      CEPN et OFCE

Pour en savoir plus

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