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L'actualité des M&A bancaires

L'Espagne conquérante

Profitant de la reprise de leur économie nationale, plusieurs leaders du secteur bancaire espagnol s’engagent dans des opérations structurantes de croissance externe à l’international.

Le 24/04/2015
Georges Pujals

En seulement un mois, trois acquisitions d’envergure ont été annoncées par des banques espagnoles de tout premier plan. Au-delà de l’offre déposée par Banco Santander pour prendre le contrôle du portugais Novo Banco, c’est surtout le très probable rachat de la septième banque britannique par Banco Sabadell qui a retenu mon attention (voir Encadré 1).

Le suspense n’aura pas été long ! Une semaine après avoir été approchée, la banque britannique TSB a annoncé qu’elle acceptait l’offre publique d’achat amicale de son homologue espagnole Banco Sabadell. Cette dernière propose 340 pence en numéraire par action TSB, soit une prime de 29 % sur le dernier cours de clôture. L’opération valorise ainsi l’intégralité du capital de la cible à 1,7 milliard de livres. À titre de comparaison, TSB avait été introduite à la Bourse de Londres en juin 2014 au prix de 280 pence par action, qui correspondait à une valorisation de 1,3 milliard de livres.

Le conseil d’administration de TSB a d’ores et déjà décidé de recommander à ses actionnaires d’accepter l’OPA de Banco Sabadell, qu’il juge « juste et raisonnable ». TSB appartient pour moitié au géant bancaire britannique Lloyds Banking Group (LBG). Lors de son sauvetage par l’État britannique en 2009, Lloyds s’était engagé auprès de la Commission européenne à se séparer de TSB d’ici à la fin 2015, en contrepartie de l’aide financière de 20 milliards de livres reçue durant la crise financière. Au-delà du gain financier attendu, la cession en cours permettra à Lloyds de remplir ses obligations. De son côté, la banque espagnole devra procéder à une augmentation de capital de 1,6 milliard d’euros pour financer l’opération.

Il y a seulement cinq ans, Banco Sabadell était une banque catalane de taille moyenne dont les actifs ne dépassaient pas les 90 milliards d’euros. Aujourd’hui, elle est devenue la cinquième banque d’Espagne, avec près de 170 milliards d’euros d’actifs. Elle a tiré profit de la dernière crise et du mouvement de restructuration du secteur qui s’en est suivi pour grossir sur son marché domestique. Banco Sabadell a ainsi racheté, depuis 2010, ses compatriotes Banco Guipuzcoa, Banco CAM, Banco Gallego, Banco Penedès et, plus récemment, les activités de Lloyds en Espagne. Après ce renforcement au niveau national, sa volonté d’accélérer son développement à l’international était connue de tous.

Après les États-Unis, le groupe bancaire espagnol a donc jeté son dévolu sur le Royaume-Uni qu’il considère comme un marché « attractif », en raison de son dynamisme économique et de la bonne rentabilité du secteur (voir Encadré 2). Cette acquisition lui permet de s’implanter sur un marché assez largement dominé par les quatre grandes banques britanniques que sont Barclays, HSBC, Royal Bank of Scotland et Lloyds (« big four »). Septième banque outre-Manche, TSB compte près de 4,6 millions de clients, 631 agences et 27,2 milliards de livres d’actifs (voir Encadré 3). Au-delà du métier de la banque de détail, TSB représente également un tremplin pour accéder à la clientèle des PME.

Banco Sabadell semble aujourd’hui s’inscrire dans le sillage de sa compatriote Banco Santander, qui a fait du Royaume-Uni l’un de ses principaux marchés dans le monde. En effet, le numéro un bancaire espagnol possède 1 300 succursales en Grande-Bretagne, depuis les rachats d’Abbey National et d’Alliance & Leicester, qui l’ont hissé au cinquième rang du pays. Banco Sabadell n’exclut d’ailleurs pas de procéder prochainement à d’autres rachats parmi les banques concurrentes des « big four » (Clydesdale Bank,  Onesavings…).

Après l’intégration de TSB, la banque catalane va accomplir un grand pas en matière d’internationalisation de ses activités puisque la part de ses actifs situés à l’étranger va passer de 5 % (à la fin 2014) à 22 % du total de son bilan.

 

Achevé de rédiger le 23 avril 2015.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Chargé de cours
      Université Paris-Descartes

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