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Les activités de marché plombent les résultats annuels des banques

Les banques de financement et d’investissement des grands groupes français ont vu leur dynamique de croissance fléchir en 2018.

Le 26/02/2019
Eric Dor | Géraldine Dauvergne

Au quatrième trimestre 2018, les revenus de la branche des marchés globaux de BNP Paribas ont diminué de 39,5 %, par rapport au dernier trimestre 2017. Les revenus des activités de marché et services aux investisseurs de la Société Générale ont, eux, diminué de 19 %. L’analyse d’Eric Dor, directeur des études économiques à IÉSEG School of Management.

Comment expliquer les contre-performances des grandes banques françaises en 2018 ?

Les conditions de marché ont fortement pénalisé les revenus de toutes les activités de banque de financement et d’investissement. Les revenus ont diminué sur les marchés obligataires en Europe tout au long de l’année 2018, en raison des taux très bas et de la faible volatilité, mais aussi sur les marchés actions, avec l’effondrement des marchés boursiers au quatrième trimestre.
BNP Paribas, pour sa division banque d’affaires et d’investissement, subit une diminution de 7,5 % de ses revenus en 2018, là encore en raison des conditions de marché au quatrième trimestre. Chez Société Générale, les revenus de la division « banque de grande clientèle et solutions investisseurs » ont baissé de 3,6 % en 2018.
Chez BNP Paribas, la diminution des revenus liés aux instruments à revenu fixe est inférieure à celle liée aux actions. Chez Société générale, c’est l’inverse.

Les nouvelles exigences réglementaires européennes ont-elles pu jouer ?

Seul BNP Paribas mentionne l’effet de la réglementation européenne sur ses résultats. La direction du groupe a laissé entendre que la directive MiFID 2 a pu réduire la progression des revenus de la branche gestion de fortunes et d’actifs – qui est quand même de 2,9 % –, et de la division des services financiers internationaux. Elle indique également que la directive MiFID 2 a exercé une pression sur les marges de la division CIB (Corporate and Institutional Banking), mais explique toutefois la baisse de 7,5 % des revenus de cette division par les conditions de marché.

Les frais de gestion ont-ils grevé les résultats ?

En 2018, il n’y a eu ni choc ni explosion des coûts. Au contraire, ils ont été plutôt bien maîtrisés par les banques françaises. Chez BPCE, on enregistre une baisse des coûts et des frais de gestion, pour les deux réseaux : Banque Populaire et Caisse d’Épargne. La croissance des charges d’exploitation du groupe Crédit Agricole, en 2018, comparée à celle de 2017, a été de 2,1 %, inférieure à celle du produit net bancaire. Les investissements pour la transition digitale des banques, qui parfois pèsent temporairement sur les coûts, vont générer d’importantes économies à long terme.

Les banques françaises pourront-elles un jour être compétitives face à leurs rivales américaines ?

Par rapport à leurs concurrentes américaines, les banques françaises sont pénalisées par la moindre croissance économique en zone euro, liée à une série d’erreurs de construction initiales de l’union monétaire, et au manque de consensus entre les États membres.
L’autre facteur pénalisant, c’est l’environnement de taux qui reste difficile pour les banques européennes, alors que les États-Unis ont commencé à normaliser la politique monétaire il y a déjà longtemps. Toutes les grandes banques françaises s’en plaignent. Le contexte de taux d’intérêt bas explique en partie la diminution de 21,9 % de l’apport des caisses régionales au résultat du groupe Crédit Agricole en 2018.
En termes boursiers, le fameux ratio de la valeur boursière rapportée à la valeur comptable reste beaucoup plus bas pour les banques européennes que pour les américaines. Il montre que les marchés se méfient encore d’elles, et leur prédisent des perspectives de rentabilité plus faibles. Il leur faudra longtemps avant de pouvoir améliorer leur compétitivité face aux banques américaines. En attendant, elles misent beaucoup sur la réduction de leurs coûts.

La banque de détail semble avoir apporté un peu de stabilité en 2018…

Les grandes banques françaises ont toujours été vent debout contre la loi de séparation bancaire. D’une certaine manière, ce qui se passe aujourd’hui leur donne raison : la solidité de la banque de détail compense la faiblesse de la banque de marché. Et si l’on considère les cinq dernières années, la banque de marché et d’investissement apparaît toujours comme un levier de croissance des grandes banques françaises, face à la rentabilité plus faible de la banque de détail.

Propos recueillis par Géraldine Dauvergne

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