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Brexit : Les banques tentées de relâcher la pression

3 questions à…

Le 28/02/2018
Fabrice Montagné

Où en sont les négociations en vue de l’accord de transition et pourquoi, dans son discours du 29 janvier 2018, Michel Barnier a-t-il lié cet accord à la conclusion définitive de l’accord de retrait ?

Nous travaillons sous l’hypothèse qu’un accord de transition sera conclu les 22 et 23 mars [1], mais il s’agira essentiellement d’un accord politique qu’il faudra ensuite finaliser dans ses détails puis traduire en termes juridiques. Cette approche avait déjà été suivie concernant l’accord de sortie signé le 8 décembre 2017 et sur lequel aujourd’hui les juristes butent, tant cet accord est peu conclusif, notamment concernant la frontière nord-irlandaise.

En réaction notamment aux propos de David Davis, ministre britannique en charge du Brexit, relativisant l’aspect contraignant de l’accord de décembre dernier, l’UE cherche à lier l’obtention d’un accord de transition au respect des engagements pris dans l’accord de sortie. De la part de Michel Barnier, c’est également l’affirmation de son pouvoir de négociation, dans la mesure où pour l’économie britannique, l’obtention d’un accord de transition est cruciale. Dans la pratique toutefois, les deux camps ont intérêt à s’accorder sur une période de transition afin de minimiser les conséquences négatives pour l’économie, même si celles-ci seraient de loin plus douloureuses pour le Royaume-Uni que pour l’Union européenne.

Quel est l’impact de cette perspective de transition sur la stratégie des banques ? Se préparent-elles quand même à l’éventualité d’une absence de transition?

La sagesse pousse les banques à se préparer au pire, c’est-à-dire à une absence de transition et à un Brexit dur (sans accord) qui se traduirait par la fin pure et simple du passporting sur les services financiers en avril 2019. Certains clients identifient d’ores et déjà les établissements financiers britanniques apportant des garanties quant à leur capacité à servir leur clientèle à partir de bases européennes. Les plans de contingence des banques sont donc toujours d’actualité. Toutefois, suite à l’accord de sortie conclu en décembre et dans l’expectative d’un accord de transition, la tentation est grande pour les banques de relâcher la pression et de retarder les ajustements, quitte à prendre un risque.

Un abandon du Brexit est-il envisageable ?

A priori non, même si certain « remainers » tels que Tony Blair ou Nick Clegg ne baissent pas les bras, notamment en engageant les parlementaires à rejeter l’accord final. En effet, les parlementaires auront la possibilité fin 2018 ou début 2019 de voter pour ou contre ce texte qui régira à la fois le retrait du Royaume-Uni et la transition et proposera sans doute aussi une ébauche des relations futures avec l’Europe à 27. Si ce texte était rejeté, les 27 pourraient se montrer cléments et accepter une extension des négociations pour éviter un Brexit sans accord. Cela permettrait d’organiser de nouvelles élections au Royaume-Uni ou un second référendum. Bien sûr, le désir des remainers est que ce second référendum, s’il a lieu, rejette le Brexit. Toutefois, à ce jour, les enquêtes d’opinion ne montrent pas un changement d’opinion significatif suite au référendum de 2016, si bien qu’un second référendum serait aussi indécis que le premier.

Par ailleurs, l’idée de rejeter l’accord final n’est pas seulement celle de remainers mais elle est également agitée par certains partisans du Brexit qui veulent sortir au plus vite de l’Europe et de façon très tranchée. Les positions sur la question demeurent donc très variées.

 

 

Propos recueillis par Sophie Gauvent

[1] Date du prochain Conseil européen, ndlr.

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