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Banque d’investissement

Une attention accrue de la FSA sur les fonctions de « product control »

En novembre dernier, la FSA britannique présentait les conclusions de sa revue des fonctions de « product control » réalisée auprès d’un panel de banques ayant des activités de trading significatives au Royaume-Uni. Retour sur une étude qui va impacter les pratiques de Place.

Le 18/10/2011
Yolaine Kermarrec | Micha Missakian

La crise financière a considérablement renforcé l’attention de la FSA [1]sur les activités de marchés, notamment sur la fonction de [2], dont le rôle est perçu comme primordial : contrôle de second niveau de la valorisation des produits de marché (contrôle indépendant des paramètres de marché, validation des modèles de valorisation…) et reporting du résultat économique (production, contrôle, analyse du résultat…). Cette fonction s’étend progressivement à l’analyse du bilan. Il est probable qu’à l’avenir, elle traite également des contraintes de liquidité sur les activités de marché. Le product control est ainsi entendu au sens large, que la fonction soit centralisée au sein d’une structure dédiée (souvent au sein de la direction financière), ou répartie entre différents départements (finance, opérations et risques), les organisations et lignes de reporting pouvant être différentes d’un établissement à l’autre.

Une forte disparité des pratiques

Partant du constat qu’un même instrument financier pouvait parfois être valorisé de façon radicalement différente d'une banque à l'autre, la FSA a souhaité réaliser un état des lieux des pratiques des banques sur l’environnement de contrôle autour de la valorisation et du résultat. En 2009 et 2010, elle a ainsi revu les activités de trading d’un panel de banques opérant au Royaume-Uni. Sa méthode a consisté à conduire des entretiens, demander à chaque établissement de présenter son environnement de contrôle et de fournir certaines données, comparer les pratiques sur cette base déclarative, et échanger de façon bilatérale sur ses observations.

À l’issue de sa revue, la FSA a mis en exergue la forte disparité au sein du panel et a souligné la nécessité de renforcer les dispositifs de product control de façon générale. Ses conclusions ont donné lieu à des échanges avec – et entre – les banques concernées, pour répondre aux observations du régulateur. Si parmi les établissements français, aucun n’a fait l’objet de cette revue, il ne fait nul doute que les pratiques de Place vont évoluer et qu'ils devront également les suivre.

Dear CEO Letter

La FSA avait dans un premier temps, en août 2008, transmis une «  [3] » au secteur financier. Elle y exprimait son inquiétude sur le manque de robustesse du product control, pouvant conduire à des valorisations erronées, les product controllers n’étant pas toujours en mesure de challenger le front-office et les procédures encadrant les méthodes de valorisation étaient parfois inadéquates. Par ailleurs, elle pointait la nécessité de renforcer la supervision des traders par les responsables des front-office.

Dear CEO valuation project

La FSA a ensuite revu les activités de trading des principales banques d’investissement opérant au Royaume-Uni en deux phases (phase A au second semestre 2009, phase B au premier semestre 2010). En dehors des aspects de prudent valuation (non traités ici), le product control a été analysé autour huit thèmes : culture et gouvernance, staffing, front-office, résultat économique quotidien, contrôles post-trade, risque de modèle et validation, cadre de valorisation et politique de réserves. Les conclusions de cette revue [4] ont été présentées aux banques concernées en novembre 2010.

Parmi les points forts relevés par la FSA figurent :

  • l’indépendance de la production du résultat économique ;
  • le processus d’approbation de nouveaux produits ;
  • les efforts en cours pour améliorer l’analyse du résultat et le processus de vérification indépendante des prix.

La FSA pointe néanmoins un environnement de contrôle moins solide qu’escompté et met en avant les constats suivants dans ses différents domaines d’attention.

Résultat économique quotidien. L'investissement dans les infrastructures de product control se révèle globalement insuffisant  (multiples systèmes, hétérogénéité entre les métiers…) et engendre un déséquilibre des efforts et du temps dédiés à la production plutôt qu’à l’analyse. Le P&L explain (analyse du résultat économique) mérite d’être renforcé en tant qu’outil d’identification des anomalies, notamment au regard de la stratégie des portefeuilles et des limites de risque afférentes. Par ailleurs, la moitié du panel ne produit pas de résultat économique quotidien par entité légale, mais par activité. La nécessité d’une vision par entité légale est un point d’attention également exprimé par d’autres régulateurs, notamment dans le cadre des testaments bancaires (living wills) proposés par le G20 et le FSB [5].

Cadre de valorisation. Le processus de revue indépendante des prix est l’un des domaines où la FSA a émis le plus d’observations●:

  • processus très manuel, ce qui peut entraîner des ajustements tardifs, et évaluation de l’exhaustivité du contrôle des prix insuffisante ;
  • établissement de seuils d’investigation non efficaces ;
  • pas de reporting centralisé des paramètres non testés ou testés sur la base d’approches alternatives ;
  • hiérarchie des données de marché non formalisée ;
  • pas de procédure d’alerte claire en cas de différences de prix significatives, etc.

Enfin, lorsque le prix du front-office est contesté, les établissements attendent bien souvent la résolution du désaccord avant d’enregistrer un ajustement.

Risques de modèles et validation. La FSA déplore l’absence de processus visant à quantifier le risque de modèle et à informer les décideurs internes de la matérialité de l’incertitude générée en matière de valorisation, ainsi que l’absence de formalisation de l’appétit au risque de modèle. La plupart des banques ne définissent pas de limites de risques et politiques de réserves appropriées dans le cas de modèles de valorisation non validés. Certains établissements n’ont pas de base unique recensant les paramètres de marché, ce qui peut conduire à valoriser un même instrument de façon différente suivant les lignes de service.

Culture et gouvernance. Les fonctions de product control ne sont pas suffisamment indépendantes, elles ne sont pas toujours en mesure de contester le front-office ou encore n’en ont pas le mandat. Ce point est très probablement celui où il existe le plus d’écart entre la perception interne des banques et l’évaluation de la FSA. Par ailleurs, cette dernière  constate que certaines expertises nécessaires au product control restent parfois concentrées au front-office, et qu’une rémunération moins attractive qu’au front-office remet en cause la qualité du recrutement dans ces fonctions.

Staffing. L’offshoring des fonctions de product control, généralement pratiqué sur des produits simples, peut atteindre des niveaux allant jusqu’à 50% des équipes, ce qui est beaucoup plus élevé que ce qu’attendait la FSA. Cela peut représenter selon elle un risque important en matière de formation et de compétence sur la Place de Londres. Elle fait par ailleurs le constat d’un turnover très élevé dans la fonction au moment de sa revue. Si le turnover a diminué depuis, la satisfaction des employés nous semble rester un enjeu clef.

Contrôles post-trade. Un certain nombre de contrôles que l’on peut qualifier de « basiques » ne sont pas réalisés de façon exhaustive ou appropriée : réconciliations intercompagnies, revue et autorisation des ajustements manuels, réconciliations des données présentes dans plusieurs systèmes (front, back et middle-office, risques, finance), revue du bilan, etc. Ainsi, environ la moitié du panel ne confie-t-elle pas le processus de contrôle du bilan aux fonctions finance, sans impliquer les fonctions product control ou « opérations ». Or, lier l’analyse du résultat à l’analyse du bilan est considéré par la FSA comme un élément clé de contrôle.

Les prochaines étapes

Le régulateur anglais envisage d’augmenter l’exigence de formalisme du product control en publiant une feuille de route (product control roadbook). Celle-ci sera applicable aux entités opérant au Royaume-Uni, y compris aux filiales de groupes étrangers. Initialement prévue dans un avenir proche, sa publication sera vraisemblablement retardée dans l’attente de décisions de l’Union européenne en matière de régulation des marchés financiers.

Néanmoins, le Dear CEO valuation project a d’ores et déjà été pris en compte dans les réflexions des banques sur l’amélioration de la gouvernance et des procédures liées au contrôle de la valorisation et du résultat. Certaines ont ainsi commencé à renforcer leur dispositif.

Quatre enjeux nous paraissent dès lors particulièrement importants : l’investissement technologique et sa priorisation, dans un contexte marqué par la décision de plusieurs acteurs de diminuer leurs activités pour compte propre et de mettre en œuvre des plans de réduction de coûts, l’attraction et la rétention des équipes impliquées dans les fonctions de product control, le renforcement de la gouvernance au niveau de l’entité légale. Enfin, une réflexion approfondie doit être menée sur l’intérêt de l’élargissement et du renforcement du product control afin d’améliorer la diffusion et la connaissance de la culture du risque au sein des banques.

[1] Financial Services Authority.

[2] La revue de la FSA concerne également les principes réglementaires en vigueur au Royaume-Uni en matière de valorisation (« prudent valuation »). Ces principes ne sont pas traités dans cet article.

[3] http://www.fsa.gov.uk/pubs/ceo/valuation.pdf.

[4] http://www.fsa.gov.uk/pubs/other/pcfindings.pdf

[5] Financial Stability Board.

L'auteur

  • Yolaine Kermarrec
    • Senior Manager, département Financial Services Office
      Ernst & Young.
  • Micha Missakian
    • Associé, département Financial Services Office
      Ernst & Young Londres

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