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Hong Kong

Préserver l'attractivité de Hong Kong, malgré la libéralisation de la Chine

Vibrante d'énergie, efficace et visionnaire, la Special Administrative Region (SAR) de Hong Kong est bien décidée à ne pas se laisser dépasser par le mouvement d'ouverture qui se dessine en Chine continentale. Guidée par sa « can-do mentality », elle souhaite en demeurer le partenaire et la source d’inspiration privilégiés, en évitant l'écueil de la concurrence.

Le 25/02/2014
Annick Masounave

De son passé de colonie britannique, Hong Kong a gardé une législation héritée du common law anglo-saxon, qui rassure les investisseurs; de sa culture asiatique, elle tire cette appétence pour la compétition et une efficacité pour les choses du commerce qui forcent le respect. Là-bas, tout est fait pour que l'économie soit performante, avec beaucoup de pragmatisme.

« One country, two systems »

Les termes du rattachement de Hong Kong à la Chine ont largement profité à l'essor de l'ancienne colonie : tout en favorisant les échanges, ce qui a permis à Hong Kong de devenir le hub des entreprises chinoises en termes de levées de fonds et d'investissements, la loi fondamentale entrée en vigueur en 1997, qui fait de Hong Kong une « région administrative spécifique » (Special Administrative Region – SAR), préserve son indépendance jusqu'en 2047.

Forte de ce statut et de ses atouts, la cité navigue dans les cimes du classement Doing Business. En 2014, elle est le deuxièmeendroit le plus propice aux affaires, derrière Singapour, sa grande concurrente en Asie. En 2012, elle a été la troisième destination des flux d'investissement, derrière les États-Unis et la Chine continentale (voir Tableau). Enfin, HKEx, la Bourse de Hong Kong, s'est distinguée dans le domaine des IPO [1] : en 2013, elle a fini seconde, derrière New York, avec 104 cotations et près de 16 milliards d'euros levés. Cela représente une hausse de 68 % en volume et de 88 % en valeur. L'année 2014 s'annonce au moins aussi bonne, voire meilleure, pour la Bourse : les analystes tablent sur 100 nouvelles cotations et plus de 23 milliards d'euros de levées de fonds. Enfin, Hong Kong souhaite conserver sa position de leader sur le marché très convoité du RMB offshore. Les dépôts libellés en RMB représentent 10 % des réserves en devises et certificats de dépôts de Hong Kong [2]. Près de 73 % des échanges en RMB transitent par Hong Kong [3].

Le carrefour de l’Asie

L'équilibre entre Hong Kong et la Chine continentale est résumé par la formule « One country, two systems ». Mais sa pérennité est remise en question par la volonté du gouvernement central d'ouvrir davantage l'économie chinoise. La création, en septembre 2013, de la zone de libre-échange de Shanghai pourrait, dans le futur, concurrencer la position de Hong Kong comme carrefour de l’Asie pour les investisseurs. Le lobbying de plus en plus poussé de nouvelles villes, provinces ou districts qui postulent au statut très recherché de zone pilote pour les réformes économiques envisagées constitue également une menace.

Ces évolutions amènent les investisseurs à se poser des questions sur l'avenir de Hong Kong. La problématique a d'ailleurs été exposée très clairement par John Rice, vice-président de General Electric, à l'occasion de l'Asian Financial Forum (AFF) qui s'est tenu à Hong Kong les 13 et 14 janvier dernier. En effet, GE a localisé à Hong Kong le centre de ses opérations à l'international. Ce choix éminemment stratégique a été motivé par la position géographique de Hong Kong, qui rend les déplacements faciles ; le contexte réglementaire, la facilité à faire des affaires et la réputation ont également pesé dans la décision de la multinationale. « Cependant, rien ne garantit que tout ceci soit pérenne », rappelle John Rice.

Les autorités de Hong Kong doivent donc composer avec les projets de l'État chinois, les aspirations des villes du Continent à acquérir davantage de liberté, et la préservation de sa propre attractivité, dans un horizon contraint. En 2013, des réformes ont été menées à bien : en premier lieu, un aménagement de la loi fiscale destiné à favoriser le développement de la finance islamique. L’asset management fait également partie des axes de développement prioritaires de Hong Kong : en décembre 2013, les dispositions régissant les trusts, qui dataient de 1925, ont été modernisées ; en particulier, la protection des investisseurs a été renforcée. Des réflexions sont en cours sur l'opportunité d'une plate-forme de reconnaissance mutuelle pour les fonds entre la Chine et Hong Kong.

Préserver l’exception hongkongaise

Afin de poursuivre dans cette voie, un organe consultatif a été créé en janvier 2013. Le FSDC (Financial Services Development Council) a pour mission de réfléchir aux moyens et mesures nécessaires au maintien de la compétitivité de la Place. Six rapports ont été publiés au mois de novembre et, comme le rappelait Chun-ying Leung, chef de l’exécutif de Hong Kong, lors de son discours introductif, « des chantiers opérationnels ont déjà été lancés ». Outre des recommandations visant à développer l’asset management, le FSDC a formulé des propositions destinées à préserver la position dominante de Hong Kong sur le marché du RMB offshore. Parmi elles, la création d’une zone pilote à Qianhai [4] au sein de laquelle tous les établissements financiers enregistrés (banques, sociétés de courtage, de fonds et compagnies d'assurance) se verraient attribuer, sur le modèle du programme QDII [5], des quotas pour leurs investissements à l’étranger, pour un montant total initial de 50 milliards de RMB et 5 milliards de dollars.

La Bourse de Hong Kong, qui est l'un des fers de lance de la stratégie de Hong Kong, est également au centre des attentions. Son P-DG, Charles Li, a livré, à l'occasion de l'AFF, une analyse très franche des enjeux. Hong Kong est aujourd'hui le grand bénéficiaire de la lente ouverture de la Chine et le principal danger qui le guette serait « un développement trop rapide de la Chine, qui ne laisserait pas à Hong Kong le temps nécessaire pour répondre à ses besoins. » Et si la Bourse de Hong Kong dispose d'une offre compétitive sur les marchés actions ou les émissions obligataires, selon Charles Li, elle ne souffre pas la comparaison avec les autres grandes places internationales sur les produits dérivés en particulier : « Le défi consiste donc à développer rapidement une offre sur les taux, les devises, les matières premières et les dérivés, afin de capter les capitaux chinois. […] Nous devons trouver un moyen de proposer des produits que la Chine continentale, ou nos concurrents ailleurs en Asie, ne sont pas en mesure de fournir. Sinon, ils iront ailleurs. Nous devons rester sur le qui-vive, évoluer, innover [6]. »

2020 : « one country, one system »… mais lequel ?

D'autres analystes tendent à modérer cette vision : à l'instar d'une économiste rencontrée sur le salon ou encore de Lawrence Li, président de CIC International (Hong Kong) Co Ltd, le marché chinois est bien assez large pour que plusieurs places boursières puissent coexister, voire même nouer des partenariats. Pour Lawrence Li, « la questionréside dans les modalités de cette collaboration : Hong Kong est déjà et peut devenir un centre important pour la levée de capitaux, et bénéficie en outre d'une fiscalité avantageuse. Shanghai va sans doute se centrer sur la Chine continentale et ce sera réellement suffisant. À l'heure actuelle, un millier d'entreprises souhaitent s'introduire en Bourse. » L’exemple des États-Unis et de ses trois Bourses (New York, Chicago, Boston) est régulièrement cité en exemple.

L'ambition de la Place de Hong Kong consiste à devenir, à l'horizon 2020, le premier centre financier de tous les fuseaux horaires d'Asie. Charles Li estime que la Chine aura probablement finalisé son processus d'ouverture à cette date. La dualité des systèmes, résultante du statut spécifique de Hong Kong, n'aura alors sans doute plus lieu d'être : « La Chine et Hong Kong ont des systèmes politiques différents et je n'ai pas de commentaires à faire sur ce point. Mais j'espère que sur le plan économique, il n'y aura plus qu'un pays, et un système : celui de Hong Kong. »

Une course contre la montre

Sur ce plan, les défis qui attendent la Chine continentale sont tout aussi nombreux : une bonne gestion des risques posés par la situation des finances locales ou le shadow banking et la transformation réussie de l'internationalisation du yuan sont autant d'étapes décisives pour consolider l'économie et pérenniser la croissance. Dans ce processus, les opportunités pour Hong Kong sont massives, à condition de pouvoir les saisir. « Nous sommes donc engagés dans une course contre la montre », conclut Charles Li.

[1] Initial Public Offering.

[2] 1000 milliards à fin décembre 2013.

[3] Source : SWIFT, chiffres à fin août 2012.

[4] Voir, dans le même dossier, l'article consacré aux zones de libre-échange.

[5] QDII (Qualified Domestic Institutional Investor) : lancé en 2006, ce programme permet à des institutions financières de Chine continentale, sous réserve d'agrément, d'investir hors du pays, lequel est encore sous le régime du contrôle des capitaux.

[6] Retrouvez plus d'informations sur le site Internet de Revue Banque (abonnés).

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