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Financement des PME

PME : « Sans fonds propres, pas de crédits, et donc pas d’investissement »

Alternativa a pour ambition d’être la Bourse des TPE/PME, principalement grâce à des règles de cotation mieux adaptées à la taille de ces entreprises. Cette démarche ambitieuse va-t-elle s’imposer dans un marché où les initiatives sont nombreuses mais ont parfois une portée limitée ?

Le 25/10/2011

Comme Ikea, Volvo, Sony ou H&M, Alternativa fait partie de la « Swedish connection ». Ce concept de « Bourse des PME » a été créé en Suède en2003 par l’ancien président de la Bourse de Stockholm, Carl Johan Högbom, bien placé pour constater que les grandes Bourses traditionnelles ne sont pas adaptées aux TPE/PME. La démarche est lancée en 2006 dans l’hexagone, aboutissant à un agrément en octobre 2007. Si l’objectif est de créer une structure pour financer les fonds propres des PME, pour Pierre Lasserre, président d’Alternativa France, l’enjeu va bien au-delà : « Si les PME ne sont pas correctement capitalisées, elles ne trouvent pas de crédits, le niveau des fonds propres étant un des critères majeurs de sélection par les banquiers ; sans fonds propres, pas de crédits, et donc pas d’investissement, ni de développement possible pour les PME; et sans croissance des PME, pas de croissance économique générale, puisque les PME en France représentent 83 % du PIB. » CQFD.

Trouver le juste équilibre

Reste à trouver le bon vecteur. Car aujourd’hui en France, les initiatives autour du financement des PME ne manquent pas –d’Alternext aux business angels, en passant par des fonds de capital développement, les plans gouvernementaux d’aide aux « gazelles [1]» et autres incitations fiscales– mais rares sont celles qui ont rencontré un véritable succès. Pour Clément Le Guay, directeur général d’Alternativa, la bonne formule consiste à parfaire l’équilibre entre protection des investisseurs et souplesse pour les émetteurs.

Pour assurer la protection des investisseurs, Alternativa s’est dotée d’un statut d’infrastructure de Place, sous forme d’un SMN [2], agréé par l’AMF et l’ACP. Elle fournit donc un cadre de marché régulé, tant pour le marché primaire des introductions des PME que pour organiser la liquidité du marché secondaire. Ce cadre de marché boursier «offre aux investisseurs un fonctionnement ordonné du marché, explique Clément Le Guay, tout en leur assurant une égalité de traitement des ordres et d’accès aux informations périodiques des émetteurs».

Pour préserver la souplesse pour les émetteurs, certaines règles complexes des marchés réglementés, notamment sur les abus ou manipulations de marché, ou encore sur les délits d’initiés, ne s’appliquent pas en l’état aux PME cotées sur la plate-forme d’Alternativa. Selon Pierre Lasserre, « ce sont précisément ces règles trop contraignantes qui découragent des PME de s’introduire sur Alternext » mais, s’empresse-t-il d’ajouter, «nos propres règles, validées et contrôlées par l’AMF, notamment celles portant sur les obligations de transparence et de diffusion d’information des émetteurs, sont mieux adaptées aux PME». Par exemple, depuis 2010, toute entreprise cotée sur Alternativa fait l’objet lors de son introduction d’une valorisation de la part d’un analyste financier indépendant : «L’analyse financière ne suit pas spontanément les small caps, souligne Clément Le Guay, aussi nous demandons dès le départ cette valorisation et son suivi, à raison d’au moins une actualisation annuelle. Notre approche de coûts mutualisés permet à nos PME de bénéficier de ce service dans des conditions économiques abordables.» Cette recherche d’équilibre se retrouve aussi dans les règles de négociation du marché secondaire : les cotations ne se font qu’une fois par mois sous forme d’enchère durant une semaine. « Nous pratiquons délibérément la “formation lente du prix” ; le trading en temps réel n’a aucun sens pour les PME; la cotation à la milliseconde a-t-il d’ailleurs du sens pour les grands émetteurs? » s'interroge Clément Le Guay. « La concentration de la liquidité a aussi pour objectif de réduire la volatilité de ces titres, afin de rapprocher la cotation de leur valeur fondamentale ».

Le chaînon manquant

Alternativa se voit ainsi comme le chaînon manquant entre des business angels sollicités très en amont par les sociétés en création et en amorçage, et les autres Bourses et fonds de capital développement qui fonctionnent bien sur des ETI ayant déjà un historique de fonctionnement. « Notre champ d’intervention est ce que les professionnels appellent l’equity gap… ou plus simplement la vallée de la mort! » rappelle avec humour Pierre Lasserre.

Ce trou noir dans le développement des PME est bien connu des professionnels : c’est d’ailleurs une des préoccupations qui a justifié la création d’un Observatoire du financement des entreprises par le marché, en mars 2010, par les acteurs de la place financière – notamment l’AMF, le Minefi, la Banque de France, la Caisse des Dépôts et Nyse Euronext. Mais l’arrivée d’un trublion qui propose des solutions quelque peu « disruptives » est parfois accueillie avec un peu de circonspection, surtout dans un secteur où le private equity régnait jusqu’à présent en maître et dont le vivier d’investisseurs très convoité n’est pas considéré comme extensible. Désormais, les deux filières, chacune avec ses particularités, partagent les mêmes interrogations sur la capacité de revente des titres et l’animation du marché secondaire de petites valeurs.

La plate-forme Alternativa regroupe aujourd’hui une trentaine d’émetteurs, dont le chiffre d’affaires annuel est compris, selon les règles fixées par Alternativa, entre 250 000 et 50 millions d’euros. Les secteurs représentés sont très divers : de Lisotherme – spécialiste de la chaîne du froid qui a convoyé entre le Japon et le Kazastan, à la demande du président de ce pays, des carpes koï vivantes arrivées en parfaite santé à destination – à SixPack – designer de produits textiles customisés par des œuvres d’art originales de créateurs contemporains.

Des investisseurs au long cours

Côté investisseurs, Alternativa a principalement séduit des particuliers, mais aussi des sociétés de gestion de portefeuille, voire quelques fonds de petite taille ou de family office. Le ticket d’entrée moyen est de 10 000 euros, souvent réparti sur plusieurs entreprises. De manière générale, la tâche d’un investisseur en capital d’une société est ardue : d’abord il lui faut comprendre l’activité présentée sur le site et ses enjeux – qu’il s’agisse de logiciels de gestion des risques dans la finance, de l’édition de magazines gratuits, en passant par la vente à distance de pompes à bières ou la protection électronique de structures provisoires… Il doit également savoir lire un bilan d’entreprise et l’interpréter... et fonder son jugement en grande partie sur des estimations : la vie des entreprises de croissance est un pari sur l’avenir ! « C’est pourquoi, rappelle Pierre Lasserre, le suivi des valeurs est assuré par un analyste financier. C’est une pièce essentielle pour rendre compréhensible et synthétiser autant d’éléments disparates qui composent la richesse d’une entreprise. » Et in fine, les investisseurs doivent, comme sur tous les marchés, être prêts à s’engager dans une aventure d’entreprise, pour le meilleur et pour le pire…

Assurer l’avenir

Reste à présent pour Alternativa, elle-même PME d’une dizaine de collaborateurs, à assurer elle aussi son développement. À l’image des entreprises qu’elle cote, la plate-forme est à la recherche de capitaux pour accélérer son expansion : avis aux investisseurs…

[1] Dénomination des PME à fort potentiel, reprise dans le programme éponyme lancé en 2006 par le gouvernement pour favoriser leur croissance

[2] Système multilatéral de négociation selon les termes de l’article 424.1 du Code Monétaire et Financier

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  • Clément Le Guay

    Clément Le Guay

  • Pierre Lasserre

    Pierre Lasserre

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