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Investisseur institutionnel

« Le modèle bancaire est à réécrire »

Comprendre la dette émise par les banques européennes devient complexe et le niveau de risque a augmenté. Toutefois, leur habituelle rentabilité rend les obligations bancaires attractives.

Le 29/08/2018
Jean-Pierre Cave

De quelle façon le Groupe Pasteur Mutualité est-il investi sur les valeurs bancaires ?

Nous sommes investis en dette bancaire, notamment au travers d’un fonds ouvert spécialiste du crédit bancaire : il détient exclusivement de la dette bancaire subordonnée (Additional Tier 1, Tier 2 et Tier 3, c’est-à-dire les nouvelles obligations seniors non préférées) émise par des établissements européens. La rentabilité de ce fonds est négative cette année – car les marchés chahutent les valeurs bancaires –, mais elle était très intéressante les années précédentes. Cette habituelle rentabilité rend la dette bancaire attractive malgré le niveau de complexité et de risque qu’elle atteint aujourd’hui.

À quelle complexité et à quel risque faites-vous allusion ?

Chercher à bien comprendre le niveau de risque correspondant aux différents niveaux de subordination – des Additional Tier 1 à la nouvelle dette bancaire senior non préférée – peut rebuter les investisseurs. Sans parler du choix différent fait par la Suisse et le Royaume-Uni où les banques n’émettent pas d’obligations senior non préférées.

Par ailleurs, le niveau de risque lié aux obligations bancaires a augmenté avec la régulation sur la résolution et le principe du bail-in  [1]: les investisseurs sont maintenant en première ligne, afin d’éviter le recours à l’argent public si une banque rencontre des difficultés.

Existe-t-il des freins réglementaires à la détention de titres de dette bancaire ?

Solvabilité 2 nous limite dans la détention des titres de dette bancaire dont la notation est inférieure à un seuil fixé par la réglementation.

Par ailleurs, nous avons, de nous-mêmes, tendance à préférer les dettes les mieux notées; ainsi, nous sommes très investis sur la dette T3 émise par BNP Paribas qui affiche l’une des meilleures notations du secteur.

Êtes-vous également exposé au secteur bancaire au travers de la détention d’actions ?

Notre exposition au secteur bancaire passe par le fonds ouvert de dette bancaire que j’ai mentionné, mais aussi par des mandats et des fonds ouverts moins spécialisés. Actuellement, nos portefeuilles actions et obligataires sont sous-investis sur les valeurs bancaires, car nos gérants évitent les titres émis par les banques italiennes.

La coalition entre la Ligue et le mouvement Cinq Étoiles en Italie constitue un risque politique alors que le secteur bancaire italien est encore fragile.

De plus, en Italie comme ailleurs, l’avenir des banques n’est pas très clair : leur modèle est mis en difficulté par la révolution digitale et les différentes FinTechs qui entrent sur leur marché. Le modèle bancaire est à réécrire.

Votre commentaire sur le secteur bancaire italien semble montrer que l’union bancaire n’est toujours pas une réalité !

En effet, le marché bancaire européen n’est pas globalisé. L’achèvement de l’Union bancaire serait une bonne chose, car la lecture du secteur serait plus facile. Malheureusement, cet achèvement se heurte à des divergences politiques. Et la montée des populismes ne va pas dans le bon sens.

Êtes-vous également exposé aux banques américaines ?

Nous cherchons à diversifier au maximum nos placements donc nous sommes exposés au marché actions américain et, indirectement, aux banques américaines.

Vous intéressez-vous au secteur bancaire des pays émergents ?

Nous sommes investis dans un fonds de dette émergente mais il détient très peu de valeurs bancaires, car ce secteur présente des risques excessifs dans ces pays.

Dans votre façon de gérer vos actifs, adoptez-vous un biais sectoriel ?

Notre seul biais sectoriel se trouve sur l’univers de la santé (biotechs, pharmacie…), que nous connaissons bien, puisque les adhérents du Groupe Pasteur Mutualité sont des professionnels de la santé. Hormis ce secteur, nous menons une réflexion globale sur nos placements et recherchons toujours une diversification maximale.

 

Propos recueillis par Sophie Gauvent le 18 juillet 2018

[1] Introduit par la directive européenne BRRD, le bail-in est entré en vigueur le 1er janvier 2016. Conçu pour éviter les bail-out (renflouement des banques par les États), le bail-in instaure qu’en cas de renflouement, les actionnaires de l’établissement sont mis à contribution en priorité. Si cela ne suffit pas, les obligations émises par la banque sont touchées, en fonction de leur niveau de séniorité.

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