+
-

Prix du Meilleur Jeune Chercheur – Institut Europlace de Finance

Economie bancaire et gestion des risques

Guillaume Vuillemey, lauréat du prix 2019, effectue des recherches sur trois grands thèmes : le marché de dettes à court-terme (wholesale funding) ; la gestion des risques au sein des banques ; et la compensation centrale des transactions sur les produits dérivés.

Le 07/06/2019
Guillaume Vuillemey

Guillaume Vuillemey a été désigné Meilleur Jeune Chercheur en finance et assurance par le conseil scientifique de l’Institut Europlace de Finance (EIF). Ce prix récompense ses travaux en finance et lui a été remis par Elyès Jouini, directeur scientifique de l’EIF et Philippe Trainar, directeur du risque chez Scor, qui a déclaré : « Ses travaux sur la finance et les banques sont très utiles pour la gestion des risques, qui est notre cœur de métier en tant que réassureur. Ses travaux sur les systèmes de compensation sont également très intéressants pour les régulateurs comme l’ACPR et l’AMF. » En marge de la cérémonie de remise de prix, qui s’est déroulée lors du Forum International des Risques Financiers le 19 mars dernier, Guillaume Vuillemey, 30 ans, a répondu aux questions de l’Institut Louis Bachelier (ILB).

 

Que représente pour vous ce prix du Meilleur Jeune Chercheur EIF en finance et en assurance ?

Je suis très content d’avoir reçu ce prix au Risk Forum auquel je participe quasiment chaque année depuis que j’ai ma thèse. Cet événement rassemble des personnalités qui comptent dans le monde de la finance, c’est un honneur d’y recevoir ce prix.

Pouvez-vous nous détailler et nous expliquer brièvement les grandes thématiques de recherche sur lesquelles vous travaillez ?

J’effectue des recherches sur trois grands thèmes :

  • le marché de dettes à court-terme (wholesale funding en anglais), qui a été une des sources de fragilité majeure durant la crise financière. L’objectif est de mieux comprendre le fonctionnement de ce marché de financement de gros, utilisé par les banques en complément des dépôts à vue, et les risques associés à la perte de ces financements. Avec mes co-auteurs d’HEC, nous avons pu travailler sur ce sujet à l’aide de données uniques fournies par la Banque de France;
  • la gestion des risques au sein des banques. Une question importante est de comprendre les incitations qu’ont les banques à couvrir leurs risques. L’autre volet se concentre spécifiquement sur l’exposition des banques au risque de taux d’intérêt, qui est une question très importante en ce moment du fait de leurs très faibles niveaux. Le but est d’identifier les porteurs de ce risque et les modalités de couverture des banques contre le risque de taux;
  • la compensation centrale des transactions sur les produits dérivés, qui est devenue obligatoire depuis la crise financière. Les chambres de compensation (CCP) sont ainsi censées garantir le risque de contrepartie sur les marchés de produits dérivés. L’objectif est d’étudier les bénéfices potentiels en termes de stabilité financière, mais aussi les éventuels inconvénients en cas de défaut d’une CCP. Pour y parvenir, j’ai notamment eu recours à une approche historique.

Dans l’un de vos articles de recherche intitulé « Who Bears Interest Rate Risk ? », vous avez analysé l’exposition des banques européennes aux taux d’intérêt, quels sont les principaux résultats de cette étude ?

Il y a plusieurs faits stylisés intéressants qui ressortent. Plus spécifiquement, l’idée reçue selon laquelle les banques se portent mieux quand les taux d’intérêt sont bas n’est pas tout à fait juste. Certes, les banques ont des dettes à court-terme, qui nécessitent un refinancement permanent, et des actifs à long-terme - ce qui permet d’expliquer cette idée reçue - mais nous avons constaté, qu’en fait, cela ne concernait que 50 % des banques en Europe. Ce résultat très surprenant suppose que 50 % des banques seraient affectées par une baisse des taux. Cette forte hétérogénéité constatée entre pays européens, dans un contexte d’union monétaire avec un seul taux d’intérêt directeur, n’est pas bénéfique à l’ensemble des acteurs bancaires de la zone euro. Quand la Banque centrale européenne (BCE) remontera ses taux, certaines banques dans certains pays seront plus désavantagées que d’autres, et certaines pourraient même en bénéficier. Le principal déterminant de l’exposition des banques au risque de taux dépend de la nature des prêts accordés, qui peuvent être à taux variables comme en Italie et en Espagne ou à taux fixes comme en France et en Allemagne. Dans le premier cas, les actifs des banques sont recalculés chaque année et sont de courte maturité, tandis que dans le second cas, les actifs sont à très long-terme. Ces différences notables n’ont pas les mêmes implications en termes de risques de taux.

Du coup, dans quels pays les banques sont-elles plus exposées à la future remontée des taux ?

Les banques allemandes et françaises, qui pratiquent des prêts à taux fixes, seront les plus exposées à la future remontée du taux directeur de la BCE.

Dans un autre article de recherche, « The Failure of a Clearinghouse: Empirical Evidence », vous avez étudié l’un des seul cas de faillite de chambre de compensation de l’histoire. Quels en sont les enseignements ?

Les régulateurs ont imposé la compensation centrale des transactions sur les produits dérivés après la crise financière, mais la question du défaut d’une CCP est apparue plus récemment. Effectivement, la faillite d’une CCP est un événement rare, mais n’est pas impossible comme le montre le cas que j’ai étudié avec le défaut d’une chambre de compensation sur le marché du sucre, qui a eu lieu en 1974, en France. Il y a également eu un cas de quasi-faillite plus récent d’une CCP sur le marché de l’électricité dans les pays nordiques. Actuellement, tous les régulateurs travaillent sur ce sujet sans pour autant avoir dévoilé les futurs cadres de résolution. Une des dimensions occultées dans le débat public et sur laquelle j’insiste concerne la gouvernance de ces institutions. Outre le capital requis, la question de la gouvernance des chambres de compensation est essentielle en période de défaut : les dirigeants ont-ils de bonnes ou de mauvaises incitations à la sauver de la faillite, et quel modèle permet de prendre les décisions adéquates ? Cette problématique est plus difficile à réguler, mais l’exemple historique que j’ai étudié montre que la gouvernance et ses modalités d’exécution sont très importantes.

Pour conclure, quels sont les prochains sujets sur lesquels vous allez travailler ?

Je vais poursuivre mes travaux sur les CCP. J’ai également d’autres travaux en cours en finance d’entreprise, qui portent sur la maturité des dettes des entreprises non financières et les défauts de paiement à l’exportation. Sur ce dernier sujet, l’objectif est notamment de comprendre comment ces défauts peuvent se propager et affecter les flux commerciaux. Enfin, je travaille sur l’environnement concurrentiel dans le secteur bancaire, en particulier le rôle des FinTechs dans l’évolution de la compétition du secteur.

L'auteur

Cet article est extrait de
Revue Banque n°HoF2019

Pour en savoir plus

Séminaires

Sur le même sujet