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Asian Financial Forum : une Europe laborieuse et unie … ou presque

S'employant à rassurer les investisseurs asiatiques, l'Europe continentale a oublié de les séduire à l'occasion de l'Asian Financial Forum ... Une erreur que n'a pas commis la Grande Bretagne, qui a mis en avant tous ses atouts.

Le 31/01/2014
Annick Masounave

L'Asian Financial Forum, la grand'messe annuelle de la finance asiatique, a tenu ses promesses : ils ont été plus de 2000 à se presser dans les salons de l'immense parc des expositions de Hong Kong, les 13 et 14 janvier derniers. Parmi les participants, une immense majorité de représentants du monde asiatique, quelques Occidentaux, surtout anglo-saxons.

UE : un optimisme de rigueur

La promotion de l'Europe a été assurée par Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, et Klaus Regling, directeur général du MES [1]. L’optimisme était de rigueur. Tous deux ont dressé avec conviction un portrait flatteur de l'unité européenne, et donné une vision résolument positive de ses perspectives économiques: « Nous avons renoué avec la croissance à partir du second trimestre 2013, et nous attendons une accélération de celle-ci en 2014. La demande, les exportations contribuent fortement à la reprise ; nous constatons également le retour de la confiance en l ‘économie européenne. Cela se reflète dans les marchés financiers », a déclaré Jeroen Dijsselbloem.

Klaus Regling a également vanté les efforts des banques pour renforcer leurs fonds propres réglementaires : toutes affichent, a-t-il dit "un capital Core Tier 1 de 9%, au minimum". Il a reconnu que malgré une amélioration de la situation économique, des risques subsistaient : "le chômage, même s'il a cessé d'augmenter, reste à un niveau élevé; (…) les pays qui font toujours partie du programme d'aide doivent poursuivre leurs efforts d'ajustement. Le secteur bancaire est encore fragmenté en Europe, mais nous espérons que l'union bancaire y remédiera".

Tous deux ont souligné les efforts des Etats membres, "déterminés à mener les réformes nécessaires pour rééquilibrer leurs budgets et moderniser leurs économies", selon Jeroen Dijsselbloem.

Des Britanniques conquérants

Laissant aux représentants de l'Union européenne la tâche ardue de détailler les réformes entreprises, les

Le Royaume-Uni, et surtout la place de Londres, avait en la personne de Fiona Woolf, lord-maire de Londres, une ambassadrice de choix. Seconde femme à tenir ce rôle depuis 1189, elle ne s'est pas attardée sur les avancées accomplies dans la réglementation du secteur financier. L'objectif des Britanniques est simple : leur régulation doit être perçue comme « stable, prédictible et efficiente », afin d'attirer les investisseurs, a t-elle expliqué, même si "les régulateurs doivent encore travailler pour y parvenir".

En parfaite ambassadrice de la City, elle s'est surtout attachée à détailler les avantages compétitifs de la place financière britannique vis-à-vis de l'Asie. Avec une emphase toute anglo-saxonne, Ms Woolf a donc "avoué son enthousiasme" pour deux sujets, porteurs de croissance aussi bien en Asie que pour la place de Londres: l’internationalisation du RMB, et la finance islamique. Elle a rappelé à cette occasion la position prééminente de Londres dans les échanges libellés en RMB hors Asie, qui ont été multipliés par trois en trade finance au cours des deux dernières années; Sur le FOREX, les transactions ont doublé en un an. Une nouvelle étape a été franchie par la Bourse de Londres au mois de janvier 2014, avec la cotation d'un fonds destiné à investir directement à Hong Kong ou en Chine continentale [2].

De même, Londres est devenue la première place occidentale pour les opérations sharia compliant, et ambitionne de se développer encore davantage dans ce secteur, ce qui constitue, a précisé Fiona Woolf, "un objectif commun entre les places de Londres et de Hong Kong".

Où étaient les VRP de la France ?

Sans autre héraut national, la voix des pays européens pour défendre l'attractivité du Vieux Continent a paru bien faible. L'exposé détaillé des réformes entreprises pour sortir de la crise, bien que nécessaire, n'aurait pas dû faire l'impasse sur les domaines d'excellence de l'économie européenne.

Certains pays, comme l'Espagne, les Pays-Bas, l'Italie, le Luxembourg ou encore l'Allemagne, bien qu'absents à la tribune des orateurs, avaient dressé des stands afin de promouvoir les investissements et les échanges. Les Français, eux, brillaient par leur absence. Une absence d'autant plus incompréhensible que les responsables politiques français se succèdent en Chine et à Hong Kong depuis 2012, dans un ballet bien ordonné [3]. Dommage.

 

[1] Mécanisme européen de stabilité, ou ESM.

[2] Le programme RQFII (Renmibi qualified foreign institutional investor), lancé en 2011, autorise depuis mars 2013 les institutions financières internationales disposant d'une implantation à Hong Kong à utiliser les dépôts offshore libellés en RMB pour investir directement en Chine continentale.

[3] Dans l'ordre, Laurent Fabius, Nicole Bricq, François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici, et dernièrement Claude Bartolone.

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