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Long terme

Les épargnants à l’heure du risque

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

MIF2 et les conseils délivrés dans les agences bancaires semblent constituer un frein à l’investissement des particuliers en actions. Pourtant, ce placement est indispensable à l’épargne de long terme visant à préparer la retraite.

« L’AMF souhaite que l’investissement de long terme en actions soit véritablement proposé aux épargnants car dans le contexte de taux actuel, il est indispensable de prendre un peu de risque afin d’obtenir une épargne performante et répondre aux besoins de long terme », affirme Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l’AMF. À cette action menée par le superviseur va bientôt s’ajouter la loi PACTE, qui cherche à orienter l’épargne des Français vers le financement des entreprises. Et à l’échelle européenne, l’Union des marchés de capitaux a pour ambition de renforcer le financement de l’économie par les marchés, constitués notamment de l’épargne des particuliers.

Le placement en actions est pourtant réputé risqué et semble paradoxal à l’heure où les réglementations telles que MIF 2 cherchent à protéger l’épargnant. En réalité, même Guillaume Prache de Better Finance, ardent défenseur des épargnants, considère que l’investissement en actions est indispensable pour les placements de long terme visant à préparer la retraite. Et sur un horizon long, ce sont les actifs réputés « sûrs » qui seraient risqués car entraînant une érosion de l’épargne, explique-t-il : « La protection des épargnants ne doit pas entraîner une érosion de l’épargne. Sur le long terme (20 ou 30 ans), un fonds monétaire ou même obligataire est moins performant et plus risqué qu’un fonds actions. »

Mais dans la réalité, l’épargne des particuliers est de moins en moins investie en actions. Selon les chercheurs Luc Arrondel (CNRS, PSE) et André Masson (CNRS, PSE, EHESS), « le nombre d’actionnaires a baissé de moitié depuis dix ans (moins de 10 % de ménages investissent aujourd’hui directement dans des titres) ».

Cette méfiance à l’égard des actions pourrait s’expliquer par la mauvaise culture financière des Français, mais un autre responsable est régulièrement pointé du doigt : le conseiller dans les agences bancaires. Les actions ne sont pas suffisamment proposées par cet intermédiaire qui manque parfois de précision lorsqu'il s'agit d'explorer les besoins de long terme des particuliers. C’est le constat de Claire Castanet, s’appuyant sur les outils de contrôle de l’AMF (voir son interview). Et selon Guillaume Prache, de nombreuses banques estiment que MIF2 ne permet pas de proposer des actions en direct aux particuliers.

La réglementation serait-elle devenue trop protectrice ? Pas dans tous les domaines. Certains observateurs, comme l’économiste Philippe Herlin, estiment que les dépôts des particuliers ne sont pas suffisamment protégés. En effet, en cas de résolution bancaire, le bail-in peut concerner, en dernière extrémité, les dépôts des particuliers. Rares sont les observateurs qui, en France, s’en émeuvent, sans doute en raison de la très faible probabilité de voir un jour des dépôts renflouer une banque française. Mais globalement, le niveau de protection de l’épargnant est aujourd’hui perçu comme satisfaisant par Guillaume Prache, qui signale tout de même les progrès qui restent à faire, notamment sur le Document d’information clé (DIC).

Il existe également des points d’attention comme les situations de conflit d’intérêts, en cas d’auto-placement. Cette pratique désigne les situations dans lesquelles un établissement émetteur (une banque par exemple) place ses titres auprès des clients du groupe auquel il appartient. Nathalie Beaudemoulin, directrice du contrôle des pratiques commerciales à l’ACPR, explique les précautions à prendre dans ce cas de figure. Par exemple, la rémunération des forces commerciales ne doit pas inciter à vendre plus particulièrement ces titres.

La vigilance reste de mise, mais beaucoup a été fait pour protéger l’épargnant, qui est maintenant invité à prendre un risque mesuré en plaçant une partie de ses avoirs en actions.

 

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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