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Banques émergentes : vers un nouveau pouvoir au Sud

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Après avoir bâti leur puissance sur un vaste marché domestique peu bancarisé, les groupes bancaires des pays émergents profitent de la crise des établissements occidentaux pour faire entendre leur voix sur la scène financière internationale. De la chinoise ICBC à la russe Sberbank, certains noms sortent déjà du lot ; d’autres, sud-africains, colombiens ou brésiliens, sont à l’affût.

La puissance de l’électronique chinoise, de la métallurgie indienne, du pétrole russe et des mines sud-africaines est depuis longtemps connue des pays développés. Mais aujourd’hui, c’est aussi sur les acteurs bancaires des pays émergents qu’il faut compter. Les investisseurs ne s’y trompent pas : « pour un gérant, investir dans une banque émergente est souvent une manière d’acquérir une exposition sur la croissance de la consommation de ces pays, analyse Stéphane Barthélémy, gérant senior chez State Street Global Advisors. Ils sont caractérisés par une population jeune, de plus en plus éduquée et qui commence à peine à consommer. Depuis 2010, la consommation des pays émergents est supérieure à celle de la consommation américaine. Et cette année, il devrait y avoir davantage de ménages gagnant plus de 10 000 dollars en Chine qu’aux États-Unis. » Longtemps concentrés sur leurs marchés domestiques, souvent immenses et faiblement bancarisés, les groupes bancaires émergents comptent bien désormais utiliser les trésors de guerre ainsi accumulés pour exister sur la scène financière internationale.

Une opportunité stratégique et une volonté politique

Un chiffre symbolise cette puissance : en 2011, selon KPMG, 19 des 50 banques dégageant le plus de bénéfices dans le monde étaient issues des BRIC [1] et elles réalisaient 48 % du bénéfice total. La crise quasi identitaire qui touche les banques occidentales depuis 5 ans et le mouvement de deleveraging qui accompagne les nouvelles réglementations offrent en effet une marge de manœuvre inédite pour ces groupes bancaires émergents. Certains, soucieux de diversifier leurs activités, saisissent cette opportunité pour se bâtir un réseau régional, voire international (Russie, Chine, Afrique du Sud). D’autres continuent de se renforcer sur leur marché domestique (Brésil, Inde). Il s’agit aussi de compter davantage dans les grands financements à venir (construction d’infrastructures, financement de projets, accompagnement du tissu industriel…), qui auront majoritairement lieu dans le monde émergent. Si elle n’est encore que dans les limbes, la volonté des cinq BRICS de créer leur propre banque de développement est à ce titre symptomatique : demain, le monde émergent veut moins compter sur les institutions financières de Bretton Woods et les banques d’investissement occidentales.

De la Chine à l’Indonésie : l’hétérogénéité du monde émergent

Toutefois, leur difficulté à aboutir à des avancées concrètes sur cette nouvelle banque lors de leur sommet à Durban en mars rappelle combien les situations chinoise, indienne, russe, brésilienne et sud-africaine sont différentes. La même hétérogénéité prévaut au niveau de leur système bancaire et de leurs champions nationaux. La Chine – qui compte 4 établissements parmi les 10 plus grandes banques mondiales en termes de capitalisation boursière – n’a pas un réel besoin de cette banque de développement commune, contrairement à l’Inde ou à l’Afrique du Sud. Grâce à ses puissantes banques publiques, elle fait déjà cavalier seul depuis plusieurs années pour financer le développement international de ses entreprises.

Enfin, les cinq BRICS ne sont pas les seuls pourvoyeurs de groupes bancaires à fort potentiel. D’autres marchés émergents commencent à susciter l’intérêt. On parle aujourd’hui des CIVET [2] qui regroupent la Colombie, l’Indonésie, le Vietnam, l’Égypte et la Turquie. Cette dernière est déjà bien connue des Européens : BNP Paribas y est présent depuis 2005 et BBVA y a fait une substantielle acquisition en 2010. Des établissements colombiens viennent, quant à eux, de racheter diverses filiales latino-américaines d’HSBC [3]. Sans oublier les grandes puissances démographiques de demain, comme l’Indonésie et le Nigéria, dont les banques se structurent pour faire face à la demande.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Brésil, Russie, Inde et Chine.

[2] Ou CIVETS, selon la catégorie dans laquelle on classe l’Afrique du Sud.

[3] HSBC a cédé ses activités panaméennes (à Bancolombia en février 2013), colombiennes, péruviennes, paraguayennes, uruguayennes (à GNB Sudameris en mai 2012), costaricaines, salvadoriennes et honduriennes (à Banco Davivienda en novembre 2012).

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