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Crédits

Vers une reprise modeste des crédits aux sociétés en 2014-2015

Les encours de crédits aux sociétés non financières redémarrent depuis quelques mois, après une croissance quasi nulle en 2013. Ils devraient toutefois rester en reprise modérée, sur fond de croissance économique très modeste et d’impact encore difficile à évaluer du CICE et des baisses d’impôts.

Le 27/10/2014
Olivier Eluère

La croissance de l’encours de crédits aux sociétés non financières, soutenue en 2011 (+4,4 % sur un an), avait nettement ralenti en 2012 (+1 %) et 2013 (+0,2 %). Elle accélère sur les derniers mois : 1,3 % sur 1 an en juin, 1,8 % en juillet, 2,1 % en août. Le flux de nouveaux crédits accordés reste en revanche en baisse prononcée, à ‑16,7 % sur 1 an en août. Dans les enquêtes Banque de France, la demande de crédit se redresse significativement en juin-juillet-août, notamment de la part des PME. Mais elle se stabilise en septembre. Le redressement du crédit reste donc fragile, même s’il résiste relativement bien au regard d’une croissance économique très faible.

Revenons rapidement sur 2013. La croissance du PIB a été limitée à 0,4 % en volume et les dépenses des entreprises ont baissé de 3 % en valeur. L’investissement productif a reculé de 0,6 % en volume, du fait d’un climat des affaires médiocre, de débouchés dégradés, de besoins de renouvellement limités et des hausses d’impôts. Les stocks ont été réduits. Dans le même temps, le taux de marge des sociétés a atteint un plus bas historique (29,7 % contre 32,4 % en moyenne depuis 1990) et les profits non distribués ont à nouveau reculé, de -1,4 %. La hausse des gains de productivité et la stagnation des coûts intermédiaires ont été plus que compensés par la progression des salaires par tête réels et par les hausses de prélèvements. Ainsi, le besoin de financement des sociétés (différence entre les profits non distribués et les dépenses d’investissement et de stocks) s’est un peu réduit, 36 milliards contre 42 en 2012. Par ailleurs, l’endettement des sociétés en titres (obligations et titres de créances négociables) est demeuré marqué, à +4,4 % sur 1 an en décembre. Le recours au crédit est donc resté modéré en 2013.

L'impact du CICE et des baisses de charges

En 2014 et 2015, la demande de crédit devrait se raffermir, mais modérément. L'investissement des sociétés devrait redémarrer peu à peu, avec l’amélioration de la demande étrangère et les effets du crédit d’impôt CICE et des mesures d’allégements d’impôts et de charges contenues dans le Pacte de responsabilité. Mais ce rebond sera très graduel : prudence des entreprises, absence de tensions sur les capacités de production, incertitudes sur l’utilisation du CICE et des baisses d’impôts. L’investissement sera quasi stagnant en 2014 et ne se redressera que de 1 % en 2015. Par ailleurs, un mouvement de restockage devrait se mettre en place. D’où une reprise des dépenses des sociétés à petit pas (+3,7 % en valeur en 2014 et +4,5 % en 2015). Dans le même temps, les profits vont se redresser, faiblement en 2014, plus nettement en 2015, du fait précisément du CICE et des baisses d’impôts et de charges. Mais l’effet du CICE sur les profits reste modeste cette année. Le montant versé est moins élevé que prévu et est en bonne partie utilisé pour compenser une légère croissance des effectifs et les hausses de prélèvements. En particulier, pour ne pas répercuter la totalité des hausses de TVA sur les prix, les entreprises ont absorbé une partie de ces hausses dans leurs marges. Les profits non distribués devraient ainsi s’accroître de seulement 2,8 % en 2014. Ils rebondiraient en revanche de 12 % en 2015. Le besoin de financement des sociétés non financières atteindrait ainsi 40 milliards en 2014 et 30 en 2015.

Le recours au financement de marché, notamment obligataire, restera élevé. L’encours des émissions de titres est en hausse de 11,1 % sur 1 an en août, en liaison avec un coût de financement historiquement bas (1,5 % contre 2,5 % pour le taux moyen des crédits aux sociétés) et qui ne devrait remonter que très faiblement. La demande de crédit resterait ainsi assez modérée. Le flux de nouveaux crédits accordés, en baisse de 12 % en 2014, se redresserait de 4 % en 2015. La croissance de l’encours des crédits aux sociétés serait proche de 2 % par an en 2014 et 2015.

L'auteur

  • O Éluère
    • Economiste, Direction des études économiques
      Crédit Agricole SA

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