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L'actualité des M&A bancaires

Le Qatar sur tous les fronts

Profitant d’un contexte de crise, l’émirat du Qatar s’est imposé comme un investisseur de poids dans le secteur bancaire mondial.

Le 28/02/2012
Georges Pujals

Ces derniers mois, les investisseurs qataris ont montré un vif intérêt pour les banques. Dernier exemple en date, Qatar National Bank (QNB) vient de prendre une participation majoritaire dans l’Union Marocaine des Banques (UMB), un petit établissement bancaire qui dispose d’un réseau de six agences dans le pays (voir Encadré 1). Au-delà de la taille, cette acquisition lui permet surtout de prendre pied dans l’un des marchés les plus attractifs du continent africain. Présente dans plus de 24 pays à travers le monde, avec 334 agences et 7 000 collaborateurs, la première banque du golfe Persique ne cache pas sa volonté de se développer en Afrique. Actuellement, elle opère au Soudan, en Libye, Tunisie, Algérie et Mauritanie.

Au dernier trimestre 2011, ce sont deux acteurs majeurs de la banque privée européenne qui étaient déjà tombés coup sur coup dans l’escarcelle de l’émirat. En effet, KBL European Private Bankers puis Banque internationale à Luxembourg (BIL) ont été cédés à Precision Capital, fonds d’investissement représentant les intérêts du Qatar. En août dernier, c’était au tour de son fonds souverain d’injecter 500 millions d’euros dans la fusion entre la 2e et la 3e banque grecque, respectivement Alpha Bank et EFG Eurobank, devenant ainsi le premier actionnaire du nouvel ensemble. Sur la période récente, l’émirat a également acquis des participations dans le Credit Suisse ou encore Barclays.

Mais ses ambitions ne se limitent pas au seul secteur bancaire, comme en témoignent ses investissements tous azimuts dans le sport (PSG), la finance (London Stock Exchange), l’industrie (Volkswagen, Porsche, Veolia, Vinci, Lagardère, Iberdrola), les médias (Al-Jazira), le luxe (Harrods, Le Tanneur), l’extraction de l’or (European Goldfields) ou encore l’immobilier et l’hôtellerie haut de gamme (Royal Monceau, Carlton, Raffles Hotels). Il faut dire que l’argent qatarien coule à flots. En effet, grâce aux dollars que lui rapportent ses immenses ressources de pétrole et de gaz, ce petit pays figure parmi les plus riches du monde (voir Encadré2).

Son appétit de conquête dans la banque repose sur trois objectifs principaux. Tout d’abord, le Qatar souhaite faire fructifier ses recettes colossales en diversifiant ses sources de revenus. De plus, il veut capitaliser sur l’expertise européenne, en profitant du savoir-faire reconnu en gestion de fortune pour améliorer ses pratiques locales et ainsi mieux conseiller les très nombreuses fortunes installées sur son territoire. Enfin, il s’agit d’un moyen efficace de favoriser le développement de la finance islamique à l’étranger. Tout porte à croire que cette stratégie offensive devrait se poursuivre. Pour preuve, Qatar National Bank est considéré comme le prétendant le plus sérieux au rachat de Denizbank, la filiale turque de Dexia.

Malgré son image d’émirat moderne et ouvert sur le monde, cet activisme bâti sur des ambiguïtés ne fait pourtant pas l’unanimité. Il n’en reste pas moins que le Qatar est aujourd’hui devenu un acteur incontournable du nouvel ordre mondial.

 

Achevé de rédiger le 12 février 2012

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Économiste bancaire
      CEPN
    • Chargé de cours
      Université Paris Descartes

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