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L'actualité des M&A bancaires

L'Asie se distingue

Face à une Europe bancaire en proie à de graves difficultés, les banques des pays émergents d’Asie enregistrent des performances financières remarquables et se montrent très actives sur le front des fusions-acquisitions.

Le 29/05/2012
Georges Pujals

Alors que le Vieux Continent est plongé dans une cure d’amaigrissement forcée, les banques des pays émergents d’Asie sont en pleine phase d’expansion, avec pas moins de quatre opérations majeures annoncées en avril (voir Encadré 1). Au-delà de la reprise des activités de banque d’investissement du britannique RBS dans la région Asie-pacifique par le malaisien CIMB, pour former l’une des principales BFI de la zone ASEAN, c’est surtout la prise de contrôle de l’indonésien Danamon par le singapourien DBS qui a retenu notre attention. En effet, il s’agit de la plus grosse opération de fusion et acquisition annoncée dans le secteur financier depuis le début de l’année.

Le groupe bancaire DBS va prendre le contrôle de la banque Danamon pour un montant total de 9,1 milliards de dollars de Singapour. Il versera dans un premier temps 6,2 milliards de dollars en actions pour racheter 67,37 % de son capital à Temasek Holdings, le fonds souverain de Singapour qui est également l’un des principaux actionnaires de DBS [1]. Il rachètera ultérieurement les minoritaires en numéraire. Le prix proposé représente une prime de 56 % par rapport au cours moyen de la cible sur le mois écoulé. En outre, cette offre valorise Danamon à 2,6 fois sa valeur comptable. Des niveaux de valorisation très supérieurs à ceux des banques occidentales, qui traitent actuellement en Bourse sous leur actif net comptable.

Il faut dire aussi que l’Indonésie est un pays très attractif, en raison à la fois de son potentiel démographique (quatrième État le plus peuplé au monde) et de ses bonnes perspectives de croissance. Selon l’OCDE, la croissance de son PIB devrait atteindre en moyenne 6,6 % entre 2012 et 2016, faisant de l’Indonésie l’économie la plus dynamique en Asie du Sud-Est. Une bonne santé qui a d’ailleurs poussé les agences de notation Fitch puis Moody’s à relever en début d’année la note souveraine du pays dans la catégorie « investissement ». La crise politique et économique que le pays a connue à la fin des années 1990 semble donc bien loin. De plus, la pénétration bancaire y est encore relativement faible et la distribution de prêts en plein essor, avec une progression de plus de 20 % par an (voir Encadré 2).

Enfin, cette transaction présente un triple intérêt stratégique. Du côté de Danamon, qui compte 3 000 succursales et 6 millions de clients, son intégration au sein des activités de DBS en Indonésie va lui permettre de se hisser au cinquième rang national. Pour le singapourien DBS, cette transaction implique une meilleure diversification de ses sources de revenus au profit des pays d’Asie à forte croissance [2]. Par ailleurs, la première banque d’Asie du Sud-Est renforce ainsi sa position concurrentielle au sein des principaux marchés bancaires asiatiques, en accord avec sa stratégie d’expansion régionale initiée il y a plusieurs années. Sa prochaine cible pourrait être la Malaisie, pays où elle vient de recevoir l’autorisation d’ouvrir des négociations exclusives pour prendre une participation dans Alliance Financial Group.

 

Achevé de rédiger le 17 mai 2012

[1] Temasek est l’un des principaux actionnaires de DBS, avec une participation d’environ 29 %, laquelle sera supérieure à 40 % après la transaction.

[2] À l’issue de l’opération, la contribution de ces marchés (Chine, Inde, Indonésie) passera de 11 à 30 % des revenus totaux du groupe.

L'auteur

  • Pujals
    • Chargé d'études
      Bureau Van Dijk
    • Economiste bancaire
      CEPN
    • Chargé de cours
      Université Paris Descartes

Pour en savoir plus

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  • 2. L’Indonésie : un marché clé d’Asie

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