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Conjoncture

Faut-il s’inquiéter pour la banque de détail en France ?

Le 25/09/2012
Séverine Leboucher

« Alors que le produit net bancaire (PNB) de l’activité banque de détail en France croissait de 5 % au début des années 2000, puis de 3 % à partir de 2007, nous assistons à un atterrissage depuis 2 ans. Au premier semestre 2012, un nouveau cap a été franchi puisqu’il a reculé de 1,5 % », analyse Fabrice Asvazadourian, Senior Partner chez Roland Berger. Cette baisse est-elle une source d’inquiétude pour les groupes français qui, tous, misent sur leur pôle « banque de proximité » dans leur stratégie d’après-crise ?

La conjoncture est pour beaucoup dans ce chiffre, comme le rappelait début septembre le président du directoire de la Banque Postale, Philippe Wahl : « L’industrie de la banque de détail évolue comme le PIB en volume. Comme ce dernier a peu progressé en France, il en a été de même pour les réseaux de banque de détail. » Hors éléments exceptionnels, le PNB de la banque publique, en plein développement de son offre, a tout de même progressé de 1 %. Ce n’est pas le cas des autres groupes bancaires (voir Tableau). « Si la conjoncture est certes défavorable, les résultats du premier semestre témoignent d’une tendance structurelle », assure Fabrice Asvazadourian qui anticipe une croissance atone, proche de 0 – voire négative, au vu du niveau actuel de la courbe des taux – pour les années à venir.

Rééquilibrer le ratio crédits/dépôts

Cette chute du PNB s’explique en effet principalement par le rééquilibrage du ratio crédits/dépôts des banques françaises, trop élevé. Celles-ci ont été amenées à rémunérer davantage les dépôts bancaires, notamment des entreprises et de la clientèle patrimoniale, au détriment de l’épargne financière (assurance vie et Sicav), dont la commercialisation leur rapporte traditionnellement d’importantes commissions. « En 18 mois, les encours d’épargne bancaire ont progressé de 11 %, soit 130 milliards d’euros supplémentaires sur le bilan des banques, calcule le consultant. Cela permet au ratio crédits/dépôts de progresser de 6 points sur la période, à 113 %. » Conjuguée à une baisse des commissions liées aux moyens de paiements (décisions sur les interchanges notamment), cette stratégie a eu un effet dépressif sur le PNB.

Ce qui ne signifie pas que l’activité soit en berne en termes de volumes. Les encours de crédit et de dépôts continuent de progresser. « La marge d’intérêt [1], bien que tirée vers le bas par le coût accru des dépôts, profite du coût modéré des ressources de marché et du maintien des taux auquel les banques prêtent, en particulier les plus margés, ceux aux entreprises », explique Fabrice Asvazadourian. Et surtout, l’activité de banque de détail continue à être très rentable : le résultat avant impôt pour les cinq principaux groupes français s’élève à plus de 7 milliards d’euros sur le semestre, calcule Roland Berger. L’analyste Jean-Baptiste Bellon, de Trapeza Conseil, le confirme : il n’y a pas lieu de s’alarmer de ces résultats, conformes à la conjoncture. « Mais la situation est à surveiller: plusieurs trimestres de croissance nulle pourraient devenir problématiques, à l’instar du cas espagnol. » Il faudrait alors couper dans les coûts de la banque de détail, une décision toujours difficile socialement.

[1] Différence entre le taux auquel la banque collecte des ressources et celui auquel elle les reprête.

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