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Industrie

Dans les districts italiens, les PME des filières nouent des liens étroits

Le 28/06/2019

Les tissus de PME-PMI revêtent des particularités nationales d’un pays d’Europe à l’autre. En Italie, une partie des entreprises est regroupée en « districts ». Apparus il y a plus de 200 ans, ces écosystèmes regroupent de façon le plus souvent informelle des PME à la fois très ancrées sur un territoire et ayant de fortes capacités d’exportation. L’Italie compte 156 districts comprenant 20 000 entreprises, essentiellement dans le Nord et le centre du pays. Il en existe dans différents secteurs (mécanique, alimentation, cuir, chaussures…).

Située au Nord-Est du Piémont, Biella est un des principaux districts du textile en Italie, avec Prato (Toscane). Cette province se caractérise par une eau abondante et sans calcaire très bonne pour laver la laine, activité qui nécessite beaucoup d’eau, et des fleuves pour faire tourner les machines. C’est pourquoi cette industrie textile y est née. Sur 45 000 habitants, 12 000 travaillent dans le textile, la laine en particulier. Biella compte 231 entreprises pour un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros (2016). Le district produit des tissus de grande qualité. Le processus de production, entièrement Made in Italy, à l’exception de l’importation de la matière première (laine), y est très fragmenté avec des entreprises hautement qualifiées, spécialisées dans le tissage, filage, reprisage, traitement des tissus, contrôle de leur qualité, mais aussi dans la production de machines dédiées à ces activités.

Les entreprises des districts italiens sont souvent constituées en filières, avec un donneur d’ordre, et ses sous-traitants avec lesquels la tête de filière, une entreprise d’excellence, a des rapports de fournisseurs rapprochés. Le Piémont compte 80 filières actives avec 900 fournisseurs intégrés, l’Italie plus de 650 filières avec 15 000 fournisseurs.

À Biella, l’entreprise familiale Piacenza par exemple, créée en 1623, achète des lots de laine de grande qualité (vigogne, alpaga, mohair…) dans le monde et tisse des tissus vendus en exclusivité mondiale à de grandes marques. La France est son premier client (Vuitton, Dior…). Son usine compte 45 machines mais Piacenza peut recourir si besoin à 50 machines de sous-traitants qui font du tissage pour compte de tiers. L’entreprise utilise aussi les services de PME spécialisées dans le reprisage des défauts de tissage que ses ouvrières spécialisées auraient détecté.

Programme de financement

Les filières italiennes peuvent bénéficier de modes de financement spécifiques. Intesa SanPaolo (ISP) a ainsi mis en place un programme, « Sviluppo Filiere », destiné à soutenir les PME appartenant à une filière de production qui, parce qu’elles sont de petite taille, peuvent avoir des difficultés d’accès au crédit. La tête de filière donne à la banque la liste de ses fournisseurs stratégiques et le programme les aide à qualifier leur valeur immatérielle (brevets, certificats de qualité, environnementale), à se structurer, définir leur stratégie… et à se financer.

ISP a créé en 2017 un modèle d’évaluation du rating des PME sous-traitantes, validé par la BCE : si le fournisseur appartient à une filière, dont l’entreprise responsable a de fait un rating très élevé, la PME va profiter indirectement de ce rating. La banque facilite par ailleurs l’accès au crédit des fournisseurs en évaluant le besoin global de la filière. Cette estimation fait office de schéma directeur qui permet d’arrêter des propositions commerciales. Ces PME peuvent également bénéficier d’une offre de reverse factoring. Enfin, ISP propose des offres dédiées aux entreprises d’une filière, en assurance par exemple, et des remises sur des produits à court terme (facilités de caisse, escompte…).

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