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Le rôle éthique des établissements bancaires.

Participer au développement d’économies durables pour bâtir un avenir meilleur.

Les établissements bancaires traditionnels ont le pouvoir de création monétaire et assument le rôle de facilitateur et connecteur entre les différents acteurs économiques. Comment peuvent-ils se développer en assumant leurs responsabilités et leur rôle économique central pour répondre aux besoins sociétaux et aux attentes des citoyens en quête d’une société plus éthique ?

 

Le 12/07/2019
Caroline Fournier

L’éthique regroupe un ensemble de règles destinées au bien vivre ensemble et à la justice sociale. La répartition des richesses en est donc un domaine de réflexion majeur.

Sans compter le pouvoir considérable généré par la détention de données sur ses clients dans l’ère digitale, les établissements bancaires traditionnels jouent un rôle clé dans nos sociétés par les financements qu’ils accordent. Ils exercent aussi une puissance supranationale en participant au financement de la dette des États. Le développement économique d’un pays est ainsi directement corrélé à son niveau de bancarisation.

Accompagner et financer des projets à impact positif

Ainsi, les banques ont le pouvoir d’accompagner ou non un agent dans ses projets et son développement économique en fonction du risque de non-remboursement perçu et de la rentabilité de l’opération. Néanmoins, ces deux critères ne sont plus suffisants et il est désormais indispensable d’y ajouter des critères sociaux et environnementaux. Nous pouvons souligner que 2 500 milliards de dollars d’actifs financiers pourraient être perdus si le réchauffement climatique dépasse les 2,5° à la fin du siècle. Ainsi, le profit réalisé par les clients, longtemps considéré comme suffisant à donner du sens, montre désormais ses limites et ne semble plus suffisant pour satisfaire à la pérennisation du modèle. Nous avons assisté à une décorrélation des objectifs recherchés entre les actionnaires, le management, et la société civile. Pour retrouver cet alignement, les banques doivent désormais faire des choix plus sélectifs sur la contribution positive à l’évolution de la société et de l’environnement des projets qu’elles financent et se montrer transparentes quant à la manière dont leurs produits et services créent de la valeur.

L’enjeu du financement des entreprises à impact positif, c’est-à-dire dont l’activité est économiquement efficace, écologiquement tolérable et/ou socialement équitable, est complexe car ces entreprises répondent rarement aux critères d’octroi classiques du fait de leur profil de risques spécifiques (croissance lente, rentabilité des capitaux faible, créances de qualité moyenne…). L’entrepreneuriat social priorise le développement d’une économie durable et la lutte contre l’exclusion au détriment du profit personnel. Il développe ainsi des solutions innovantes et engagées pour de nombreux problèmes économiques, sociaux et environnementaux tels que l’insertion professionnelle, l’accès aux soins, les énergies, le logement, le recyclage, l’éducation… Notons que depuis 2000, l’emploi privé dans l’économie sociale et solidaire (ESS) a progressé de 24 % contre 4,5 % hors ESS (baromètre de l’entrepreneuriat social par Mouves). Il est primordial, et de la responsabilité des établissements bancaires de soutenir et accompagner les entrepreneurs dans leur déploiement à travers des solutions adaptées à leurs besoins. Ils répondront en même temps aux attentes des consomm’acteurs [1] dont l’influence ne cesse de croître.

Plusieurs offres significatives sont ainsi développées pour accompagner ces entrepreneurs et faire émerger des nouveaux profils de créateurs d’entreprises : jeunes, femmes, populations défavorisées… Les établissements bancaires traditionnels, considérés comme les sachants, mettent en place des dispositifs d’accompagnement pour les entrepreneurs comme le mécénat de compétences, une offre riche et adaptée à leurs besoins spécifiques, l’animation de réseaux d’entraide, tout comme de nombreux partenariats.

Éclairer les choix d’investissement

Par leur fonction d’intermédiaire en investissement, les banques doivent aussi assurer un rôle didactique pour accompagner les clients épargnants vers une meilleure appréhension de l’impact de leurs choix d’investissements, et rappeler aux entreprises qu’on ne gagne pas dans un monde qui perd. L’éthique doit être un enjeu majeur pour les épargnants qui ont besoin des établissements financiers pour comprendre et mesurer cet aspect. Investir revient à financer l’économie, et bien choisir ses investissements équivaut à indiquer aux entreprises ce que l’on estime prioritaire pour façonner l’économie et la société de demain.

La volonté d’inclure une certaine éthique dans la finance s’est traduite par le développement de l’investissement socialement responsable, qui favorise l’exercice de la responsabilité de l’investisseur et valorise les bénéfices liés aux questions environnementales, sociales et de gouvernance. En 2018, la finance durable a enregistré une croissance de 11 % en France. Novetic recense ainsi 488 fonds « durables », dont 50 % sont labelisés ISR [2]. Il existe une indéniable adéquation entre l’horizon d’investissement long et le temps dont ont besoin les entreprises pour créer de la valeur pérenne. C’est pourquoi aux États-Unis, les deux tiers des fonds ISR sont gérés par les fonds de pensions.

Par ailleurs, pour favoriser l’essor qualitatif de l’éthique dans la finance, il est désormais nécessaire de développer des grilles d’analyse ambitieuses, à la fois plus larges et plus précises que celles que nous connaissons actuellement, qui intégreront le souci de relations véritablement éthiques avec l’ensemble des partenaires de l’entreprise dans laquelle il est envisagé d’investir. La question centrale est de savoir comment l’entreprise assume ses responsabilités envers les différentes communautés humaines.

Le rôle éthique des établissements bancaires est multidimensionnel et ne se limite pas à l’orientation des capitaux vers les entreprises socialement et environnementalement responsables.

Les établissements bancaires doivent également faire valoir leur droit de vote lors des assemblées générales d’actionnaires. C’est l’occasion pour les gestionnaires de fonds ISR d’exercer un pouvoir de contrôle et d’amélioration de la gouvernance des entreprises dans lesquelles ils investissent. Ils peuvent ainsi influencer les décisions vers plus d’éthique et de développement durable tout en profitant des effets positifs sur la valeur des titres et donc valoriser les placements des épargnants.

Préserver l’intérêt des clients

Envers les clients, la responsabilité des banques repose sur la qualité éthique et la sécurité des produits proposés, ainsi que sur l’exhaustivité et la transparence des informations communiquées. Un conseil en investissement de qualité repose sur trois piliers que sont la proximité, la proactivité, et l’aptitude à réaliser une gestion financière de qualité dans le respect du profil de risque du souscripteur. Le respect de la primauté des intérêts du client n’est plus à citer tant il est évident. Ainsi, pour s’assurer de l’aspect responsable de l’offre créée, il faut régulièrement s’interroger sur les solutions attendues par les clients finaux, mesurer les impacts directs de l’offre et en évaluer les conséquences indirectes.

L’inclusion financière constitue également une responsabilité éthique des banques pour enrayer l’exclusion des populations pauvres du circuit bancaire traditionnel grâce à des produits et services financiers à faible coût comme le microcrédit. Selon une étude de la Banque Mondiale, les 38 % les plus pauvres de la population adulte n'utiliseraient aucun service financier professionnel.

Vis-à-vis des salariés

La responsabilité éthique de toute entreprise se démontre également par son exemplarité auprès des salariés. Les établissements bancaires traditionnels comptent parmi les plus importants employeurs de France avec approximativement 370 000 collaborateurs [3]. La dimension sociale renvoie à la gestion des ressources humaines pour le recrutement, la formation, la gestion des carrières, la diversité, les possibilités de reconversion, l’adaptabilité des postes, le dialogue social, les conditions de travail, le respect de la vie privée… Il est également indispensable de contribuer mondialement à l’élimination de toutes les formes de discriminations et de travail forcé. Le management de proximité se doit également d’aider les salariés à trouver le sens de leur action dans l’entreprise en communiquant sur la vision à long terme. Statistiquement, l’innovation et la productivité augmentent lorsque les employés sont en accord avec la stratégie. Les entreprises bénéficient ainsi de l’implication de leurs collaborateurs qui deviennent des ambassadeurs et des clients potentiels.

Des objectifs de gestion interne et de gouvernance

Mise à part la consommation d’énergie, l’impact environnemental des activités bancaires est faible. Le rôle éthique des établissements dans ce domaine ne se limite donc pas à l’impact de la banque elle-même, mais repose sur les orientations d’investissement réalisées. Il convient de prévenir la pollution, de réduire la production de déchets, de protéger les ressources naturelles et de préserver la biodiversité.

La gouvernance désigne la manière dont la prise de décision est organisée dans l’entreprise. Cette notion inclut l’attitude globale de l’entreprise envers les préoccupations éthiques, la transparence de la rémunération des cadres dirigeants et l’intégration de critères extra-financiers dans ses processus de décision.

Créer de la valeur partagée

Une action concrète de la part des établissements bancaires traditionnels est indispensable. Ils disposent de moyens considérables ainsi que du pouvoir d’allocation des capitaux. Ils doivent donc favoriser le changement au profit d’entreprises à impact positif et financer les besoins pour les défis mondiaux comme locaux. Par ailleurs, la rentabilité des investissements responsables progresse avec la demande et représente l’opportunité pour les banques de créer de la valeur partagée. Elles peuvent ainsi accroître leurs bénéfices en se montrant éthiques et en témoignant de leur objet premier de servir l’économie et la société. Nos challengers, banques en ligne et néo-banques, l’ont bien intégré et foisonnent de concepts alliant autonomie, préservation de la planète, co-création et partage.

 

[1] Consommateur qui se montre plus sensible aux caractéristiques responsables, éthiques et équitables des produits et services offerts.

[2] Source  : Novetic, 11 juillet 2019.

[3] 362 800 personnes travaillent dans les banques adhérant à la Fédération bancaire française (FBF) sur le territoire français (source : Site FBF juin 2019)

L'auteur

  • Caroline Fournier
    • Mastère spécialisé Senior Management Bancaire, Promotion 2018/2019
      Ecole supérieure de la banque, ESSEC Business School
Cet article est extrait de
Revue Banque n°CFPB2019

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